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October 28 Bibo No AozoroParanthèse
Dernier morceau du film Babel –film au demeurant joli, sans plus. Mais ces notes, ce qu’il y a eu de plus sombre pour mon mois d’octobre. Un week-end éteint. Une nuit qui est déjà demain. J’écoute les sons d’un calme insupportable, la cruelle simplicité, la froideur des réponses. J’étais bien, jusqu’à ces notes. Mais maintenant. Tout ce qui s’est brisé, tout ce qui est cassé. Mémoire miniature, concentrée sur le doute, la méfiance, l’envie d’abandon. Miroir fatalement lucide, ou monstre convexe, déformant ? Que dire du morceau…tant pis, en laissant aller, juste envie de lâcher, de ne plus espérer, ne rien attendre, trou noir et béant, gouffre sans lumière, l’inutilité. La puissance destructrice, c’est à n’y rien comprendre, tout ce que peut contenir une suite d’accords…une polyphonie perpétuelle ici, c’est ça, un jour dans le bus 5, aller quelque part…et puis devant un café, revenir de soirée…dans l’entre-deux, il n’y a que ces sons, il n’y a que le monde, qui laisse sa place à l’après. J’aurais bien aimé dormir avec le sourire…mais cette nuit, ce sont les odeurs de curry, la cuisson du riz, et la folie…do, mi, si, mi, la…la, do, sol, do, fa… October 20 She Moves She
Ce 26 février 2006. Dernière soirée au BDM, Bout Du Monde, Nomad. Il faisait froid dehors, très froid, bise glaciale, nous attendions. Boire vite, boire avec les mains congelées, le liquide brûlait la gorge, on était simplement pressé d’en découdre, de transporter une dernière fois nos corps ivres dans le temple des noctambules avisés. C’était avec –déjà– de l’émotion pour moi, pressentiment sempiternel qu’il ne restera rien, ma petite amie au bar, moi, oh moi, inutile bien sûr, mais là-bas loin, sous la lune en été, cette sensation d’une fin noire, incompréhension, j’aviserais demain sans doute, quelle tristesse intense, et en attendant, pincement au cœur, déchirure presque. Rentrée, sans faire la queue, « vip » de circonstance, une foule hétéroclite, hétérogène, sans gène moi et mon ami, sans doute les muscles atrophiés, nous avons pénétré comme de coutume, en douceur d’abord, puis avec insistance, rentrer une bonne fois pour toute dans la chaleur mouillée. J’ai vite consommé, puis accoudé au bar, à me faire offrir, relation oblige, des verres, bières, vodka, whisky, mauresque, bières, champagne. La fumée oui, mais légère, bonne aération, et les portes-fenêtres largement ouvertes, malgré l’hiver, j’avais le temps de me voir tourner, de voir au loin, tellement loin déjà, toutes ces soirées passées, depuis des années. Très bien oui je sais il ne restera rien ! Mais peut-on s’y faire. J’ai le temps de regarder en arrière, ma petite amie, plus qu’occupée, mon ami, dans des bras, il faut le dire, laids ce soir. Donc oui, derrière, j’ai fait, beaucoup de fois la même chose, boire, boire, et boire encore, puis rentrer, quelques pas de danse alcoolisés, encore boire, fumer, parler fort, parler mal, on se pousse, petite bagarre, on se calme, boire. C’est quand même idiot, de regretter ça, tout ce rien de nuit, ces gueules de bois du dimanche, la folie falsifiée. Ça ne doit pas être ça. Autre chose. Plus profond, plus intense. Le regret de la disparition. En général. L’inacceptation de l’oubli. Possible, mais c’est trop impersonnel, trop lointain. Chercher mieux. Je suis seul, sur cette piste de danse grise, seul donc, mais j’oublie que je suis seul, puisque je suis loin de moi. Je regrette peut-être ces moments d’oubli. Ainsi je n’aime pas l’oubli de ces moments d’oubli. Difficile à suivre. Et puis il y a sans doute eu d’autres choses, des vides, des carcasses de soirée inutiles et oh combien oubliables. Je crois voir le fond, c’est l’enfant, petit enfant j’entends, qui ne veux pas mourir. Qui ne veux jamais mourir, rester pour toujours dans cette espèce de béatitude baveuse, l’innocente ignorance, la folie du bonheur. Grandir c’est mourir, évidemment, et accepter d’oublier, laisser passer, laisser aller, laisser fuir, c’est se rendre à l’évidence. Pas l’évidence de mort, mais l’évidence de vie : l’enfant n’est plus, vient autre chose. Vient une nouvelle vie, vient la conscience. Sans qui rien ne serait devenu mélancolie douloureuse ou nostalgie insurmontable. Cette conscience, qui permet tout, qui amène, de loin, la déchéance, de près, la cohérence. Cette conscience tellement désirée, on ne peut pas en même temps la vouloir, la réclamer à n’importe quel prix, puis s’en servir systématiquement, unique guide, capitaine du bateau âme, et en même temps se morfondre immanquablement à chaque fois qu’elle réclame son tribut, à savoir la notion de changement, d’impermanence, de modification. Il ne peut y avoir de conscience sans maturation de la perception. On ne peut pas prétendre vouloir comprendre, puis, dès qu’on saisit mieux, regretter d’avoir cherché. C’est être un homme qui trouve l’avion pour réaliser son rêve, voler, mais qui regrette désespérément le temps où il ne connaissait pas le vertige. Je me demande si c’est en buvant au bar, pendant toute cette dernière soirée, que j’ai pu penser tout ça, qui n’est pas grand-chose. Je vois au loin mon ami qui s’en va, décidemment, oui, celle de ce soir est moche. Je vois ma petite amie servir les derniers verres. Nous saluons les videurs, du Togo, de Tunisie, pour la dernière fois. Malgré la réflexion, le pincement au cœur n’est pas parti, triste, et demain sera pire. Ça explique le présent des verbes. Un taxi, je discute vaguement avec le chauffeur, ma petite amie, exténuée, heureuse d’en finir avec ce job de nuit. Nous allons dormir après du sexe simple, trop tard, trop soul, langueur dans le va-et-vient. Agréable pour bien finir, bien dormir, bisous, et à demain. Demain…combien de demain vont me faire regretter aujourd’hui ? Combien… |
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