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    October 30

    Little Love

     

    C’est certainement maintenant que le lac gèle, à partir de ses rives, et l’homme, à partir de son cœur. C’est sans doute aujourd’hui qu’il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville, et parce qu’à avoir été si près de toi, j’ai froid près des autres. C’est encore trop tôt, pour espérer, trop tard, pour revoir les sourires sourire. Si seulement ces silences, tous ces silences, si au moins ce trou béant, ces heures qui trébuchent sans pouvoir se relever. Si tout ce joli monde de cafards, fourmis rouges, punaises, perce-oreilles, si toutes ces bestioles pouvaient piquer vraiment. Un soir, une nuit, sur les trottoirs trempés, des bris de verre, la buée sort des bouches, il y a dans les têtes des stalactites, on n’attend qu’un signe pour tout éteindre. Les jours sont sordides. Alors qu’au loin, des bières, des citrouilles, des voix graves, l’oubli, la musique forte. C’est trop, parfois, c’est trop. Il faudrait avoir l’envie, le courage aveugle. Mais que penser de ces nuages denses qui ne sont troués qu’ailleurs, sur les grands arbres et les ours bruns. Les jours sont sordides. Une fois qu’il ne restera rien, que Bien Avant réalisé. Une fois que, pour de bon, les cadavres décomposés. Alors seulement, on aura le droit de regretter. En attendant, en espérant, remplir le vide. Et les jours sont sordides.

    October 22

    J'sais pas où t'es partie

     

    Ce qui est beau, c’est le bruit des doigts qui glissent sur les cordes d’une guitare…un matin, très tôt, sans alcool dans le sang, les oiseaux qui se réveillent, regarder le jour venir…ce qui est beau aussi, c’est de jouer du piano pendant la nuit, juste quelques notes dans les aigus, les faire chuchoter, entendre leur souffle, sol et si, surtout…après, si le sommeil veut bien venir, rêver d’une fille, la fille, rêver que ce n’est pas un rêve…dehors il pleut, dehors c’est l’automne, les feuilles tapissent le parc où on a maintenant tout le loisir de traîner...chanter ces quelques mots…j’sais pas où t’es partie, si c’est si loin d’ici, mais comme c’est loin de moi

    October 14

    Little darlin

     

    On dirait le poème d’Eluard, « ma morte vivante », sauf que tu es là, tout de même, absente, loin de moi, mais ici, dans tout ce qui m’entoure, dans tout ce qui règne, et même la fin du jour depuis l’église d’Avusy, ce mélange, me rappelle à ce vide, ton absence…heureusement que ma sœur, ce qu’on peut faire de plus naïf, de plus frais, de plus simple et de plus touchant, me dit, pendant que nous nous promenons, et en parlant de ses chaussures « qu’elles lui vont très très bien, cette pieds ». Nous nous asseyons dans l’église vide, qui fait résonner son silence et le murmure –très faible, on l’entend à peine– de Dieu. Je sais que tu aurais aimé t’asseoir avec nous, sur ces bancs grinçants, à sentir le bois, et recevoir un bisou…

    Rentrer chez moi, ça sent le lit seul, la viande grillée et Mathieu Boogaerts. Une journée qui ressemble à de la pâte à modeler.

    Mon amour hélas, le temps passe

    Et désormais, pourvu qu’il passe.

    J’ai vu quelques personnes, ces personnes, personne. Tout est un peu diaphane, volatile. A part peut-être les téléphones nocturnes, ce qui relie, et des notes poudreuses. Une journée, c’est long. Promenade à vélo, combien de minutes comblées. Je reçois un message. Ces mots qui reviennent, de loin, à peine de la terre rouge et des parcs en été.

     

    Un autre jour se termine, on dirait qu’il y a quelques siècles qui nous séparent, sur que demain sera plus long, la douleur fade, c’est comme un repas qu’on ne digère jamais…il faut manger encore, pourtant, plus rien ne passe vraiment. Ou plutôt tout passe, avec ce même goût de dégoût.

    Mais…au milieu des plats, sortez les cotillons, quelques petites framboises. Qui ont toujours bon goût…