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November 12 Fix youEn allant voir l’homme au chapeau, il y avait quelques appréhensions, ne pas savoir, ce qu’il restera de toute cette grandeur. Après quelques dizaines de minutes, le doute s’envole, l’immense charisme, aspergé par ce corps maigre, vieilli, est bien là, plus présent que jamais. En écoutant la voix grave, à peine rauque, en regardant revivre ces mélodies, tout semble intact, plus beau encore car un peu passé, déjà mythique et légendaire. Hallelujah… Et en revenant, le sombre, les nuages gris, sur la route, avec en tête cette scène de baiser sous les étoiles factices et la chanson de Chris Isaak[1]. Une fois de plus, c’est avec douceur que s’envole ce qui compte, ce qui importe vraiment, et ne reste que la poussière des livres, les journées, pluie-novembre-lys, avec dans la poitrine, nos deux maisons. Ces semaines, surtout depuis qu’elles ont le toupet de s’allonger à loisir, résistent aux coups de lecture, de loisir, d’écriture et de vin blanc. Il faut savoir bien s’installer, dans le lit rouge, et écouter chanter ce qui fait le doux-amer. Lorsque tout sera terminé, lorsque tout, éteint, y aura-t-il la nostalgie de la nostalgie ? Non, pas cette fois… Une pointe d’amertume, seulement, pour tout ce non-partage, cette non-intimité, le non permanent qui vient pousser tous ces jolis mots. Il faudrait des choses plus simples, parfois, en plus des bières coupées à l’eau et de la bibliothèque d’arabe. Il faudrait, peu importe quoi, un peu d’embrun de son odeur, une caresse de dix mille kilomètres, les mots qui comptent vraiment, figés dans la moelle. Ce serait bien, d’apprendre à laisser fuir, d’apprendre à regarder de loin, pouvoir apprécier un bonheur qui n’est pas le sien. Etre un hibou, placide machin à plume, qui laisse son regard fixe, figé, sans peur, sans crainte ni douleur, sur cette petite souris qui danse, rit, navigue d’île en île et découvre la joie d’exister, en tant que petite souris, libre et seule au monde. Laisser vivre, apprendre, mon Dieu que c’est difficile, que l’autre n’est pas une partie de soi, que rien ne doit retenir l’autre, qu’on n’emprisonne pas les souris. Etre un hibou, ronchon et grincheux. Un vieil hibou. [1] Si un rare lecteur découvre ce à quoi je fais allusion, il aura droit, à toute mon estime, et à un cadeau… |
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