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    February 14

    Nocturne en fa mineur, op. 55, n°1

     

    On a construit avec cette espèce de sensation qu’il y a en nous de l’exception. On espère trouver le centre profond qui nous anime, les couleurs intenses, ce que nécessite notre existence, nous croyons posséder l’unique, quelque chose de particulier. L’individualité se représente dans cette conception commune…la dichotomie est risible. Je qui rugit, je qui ne se laissera pas oublier aussi facilement, je qui ne pourra jamais disparaître. Pour quels fantômes se voile-t-on la face. De quelles fées craignons-nous la punition. Il n’y a pas de je. Il n’y a pas de pensée liée au je. Il n’y a qu’existence. Pas mon existence. L’existence. Etre, pas par pensée, être parce que les sensations fonctionnent. Inutile de concevoir pour être, Inutile de prendre conscience. Il n’y a pas de je. Illusions. Il n’y a qu’un fonctionnement, une roue, une continuation. Rien ne sert de prendre la voie de la pensée, du rationalisme, de l’analyse. Tout est déjà, tout a déjà été, et tout sera toujours. Rien qui existe ne peut disparaître. Existence est éternelle. Tous nous sommes particuliers, et appelés à ce titre à nous éteindre. Notre individuation cause cette extinction. Aucune possibilité de s’attacher, aucune raison de croire, pas plus  que de se penser ou penser l’autre. Il n’y a pas de place dans cette mécanique pour le je. Il n’existe rien d’autre que l’existant, sans passé ni présent, sans futur. Je est une invention, un mirage. Je ne suis que parce que j’ai décidé de posséder ce qui me possède. Je suis parce que je veux qu’existence devienne mon existence. Mais existence prend toutes les formes, existence se transforme à l’infini, sans jamais changer. Existence est une infinité docile, une éternité modelable. Je n’est qu’une représentation à la mesure de notre faible cœur. Je n’est rien. Rien. Rien.