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    May 28

    Pâle Septembre

     

    On fait des choses et d’autres, le temps passe comme ça, à se désister, à détester, à attendre. Mieux. J’ai des images sereines, la sincérité, une odeur qui reste au fond, tout au fond, l’herbe coupée. Il n’y a pas de boissons qui piquent, pas de violence dans les mots, seulement cette idée de calme, d’éternité qui diffère. Les mélodies, elles sont en moi, elles me possèdent, je suis à leurs pieds. Les mélodies, elles me guident, me consolent, elles réparent, attristent encore plus. Les mélodies, depuis que j’ai quitté le monde bleu, les mélodies m’amusent, s’usent à me contenter, à me faire admettre, qu’il n’y a rien, qu’il n’y a que ce que je veux bien voir. Les mélodies et moi, quand c’est le calme plat, se chargent de remettre à jour mes féminités. Elles donnent au cœur, et à mes doigts, de quoi vivre un peu plus d’intensités. Les mélodies désenchantées…

    Mais au fait, sur quoi je vais dormir, quand il n’y aura plus toi, quand on sera, et c’est certain, bien loin. Sur quoi je vais poser, mon envie d’aimer, de donner, de recevoir, d’être bien. Qu’est-ce que tu feras, quand tu n’auras plus, dans l’ombre de mes bras, les petits mots drôles, quand tu seras, avec un autre, sans moi. Il n’y aura rien. Aucun changement. Les mêmes innocences, les mêmes caresses tendres. Avec juste un souvenir, d’une seconde à peine, des anciens désirs. Et puis la vie qui reprendra, avec un autre, sans moi. Il n’y aura rien. Pas de beautés passées, pas de regrets. Aucune envie de repenser, les nouveaux plaisirs, bien mieux agencés. On n’apprend rien. On ne grandit pas. On ne fait que recommencer, les mêmes douleurs, les mêmes pertes, les mêmes redécouvertes. Sans rien à comprendre. Il n’y a pas de sens. Pas d’interprétation. Tout est sans raison. Juste par besoin, par envie de plaisir, par désir de donner, de recevoir. Juste pour être mieux à deux, que seul, face à la ville noire. Tu seras avec un autre, sans moi. Et moi…comme d’habitude moi, à écrire qu’avant me manque, qu’après me fait peur, que maintenant s’éternise…et à mes côtés, dans les plis d’une chemise, ton odeur passée…moi je ne serai même pas sublime dans la douleur, moi je n’aurai pas de chansons à composer…juste cette déception de plus, qui ne voudra pas passer…et une envie, de plus en plus grande, qui finira bien par arriver…pour de bon, pour l’essentiel, parce que trop c’est trop…tout arrêter.

    May 19

    On est passé à l'heure d'été

     

    Et si on prenait le temps de s’attarder un peu, loin d’ici…

    Regarder au ciel, s’émerveiller, et puis oser partir. Devant les rives du Rhône, sur ces bords que l’eau verte caresse, essayer de ressembler à un poisson. Un poisson qui se noie. Et ensuite, lorsque la lumière s’oublie, prendre la route d’une soirée sans audace, douceur douloureuse, et ramener jusqu’à soi l’ardeur des gens. Les voir tous agités, à préparer un peu de gaîté. Rester lointain, ne regarder que ce qu’il y a à laisser, conforter sa solitude. Il faut sourire encore un peu, tant que la nuit ne cache pas les souvenirs vivaces, la nostalgie des hommes étranges. Enfin se sentir partir, réellement, sentir les odeurs de grillade, l’herbe qui nage dans l’humide, le dernier chant d’une coccinelle. C’est que l’été transporte tellement, il n’arrange rien, avec ces mille propositions de vie. Il faut pourtant se détacher, savoir laisser sa place, devenir humble. Plus rien n’a d’importance, il faut oublier ces rives moqueuses qui chantent l’espoir. Une petite fourmi, ou plutôt non, un unique papillon de nuit, rejoint sa maison. Demain sera, Dieu seul sait comment, mais différent. Semblable, oui, ces brises légères se ressemblent, mais différent. Un sommeil léger, l’atmosphère mouillée des draps, et puis se lever pour aller au lac, boire un jus de fruit, regarder les vaguelettes faire semblant de dormir. Se rappeler, en écoutant une chanson qui parle d’îles, et puis voir dans les galets un sens qu’ils n’auront jamais. C’est l’été qui revient, inlassablement, c’est l’été qui n’abandonnera pas, et qui veut savoir, ce que je suis devenu, depuis un an.