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September 24 Tristeza Maleza
Dimanche soir. D’abord et comme à chaque fois, elle angoisse un peu. Demain c’est le jour de recommencer, à attendre, à compter, l’argent, les heures. Le son strident du réveil lui fera l’effet d’une lame, en plus d’une tristesse lourde, même pas noble. C’est qu’elle semble toujours interminable cette semaine qui débute, cette nuit matinale, humide, glaciale. Jour un, deux, trois, etc. Et allons, encore, revoilà. La machine demain est en marche. Il faudra du courage stupide, de l’abnégation lâche, un instinct bestial pour oser quitter les draps douillets, le confort presque fœtal du lit. Mais la seule chose à faire, l’unique solution, ne pas penser, le cerveau, off la semaine, on le week-end. Alors elle commence, tout éteindre, absolument tout oublier des envies, des passions. Car sinon…Mais ce soir encore, il reste du temps. D’abord écouter, de la musique calme, prudente, et se mettre au travail. Travail culinaire, éplucher, couper, hacher, faire revenir, griller, cuire. C’est apaisant. C’est simple. Ce sont les derniers instants. Crainte de la fin d’aujourd’hui. Mais pour l’instant. Pour l’instant qui compte, qui coule. Encore du temps. Après le repas, un verre de vin rouge, devant la télé, devant un livre, devant des yeux masculins, elle peut lâcher un peu, mmmmh pourquoi pas faire l’amour ou juste blottie, désirs sexuels ou sentimentaux. Plutôt chanceuse de ne pas être seule. Plutôt malheureuse de ne pas avoir un petit corps à coucher, à faire dormir tôt. Mais tant pis. C’est quand même bien, ce bon repas, lui, les dernières heures du dimanche soir, du week-end, de la semaine, du mois, de l’année, de la vie. September 17 Les retrouvaillesRêver d’aventures. S’ouvrir et oublier. Mais pourtant la crainte, la douleur. C’est un mot qui revient et s’acharne. Douleur. C’est quelque chose qui s’entête, persiste, s’incruste. Douleur. Il n’y a aucune consistance dans cet état. On ne se sent pas malade. On n’a pas l’impression d’une crise aigue, localisée, cinglante. C’est une atmosphère, un environnement. Où que l’on soit, quoi que l’on fasse, il y autour de nous ce drap invisible. Douleur. Comme un brouillard, un nuage de pluie au-dessus de la tête. C’est constant, méthodique, régulier. On a mal, on a mal, on a mal. La douleur ce n’est pas un sentiment passager, comme l’euphorie, l’ivresse, la passion. Ça n’a pas ce côté superbe, majestueux. C’est un immense abîme, dans laquelle, pour diverses raisons, on vient s’installer. Comme une bulle maussade, noirâtre, poussiéreuse. On prend place à l’intérieur, et puis, peu à peu, on se déplace avec, on la prend partout, au travail, chez des amis, dans les soirées. Bonjour, oui, je vais bien, merci. Mais toujours à l’intérieur, cocon de douleur. On finit par trouver ça normal, presque supportable. On se dit que c’est comme ça, la vie, pour tout le monde, chacun à sa bulle, bulle douloureuse. Qu’au fond il y a un début, plus ou moins précoce, et puis voilà. Que plus rien ne sera jamais vierge, serein. Qu’on pourra vivre, se déplacer, regarder, mais toujours au travers de cette enveloppe. Douleur éternelle.
Et puis, un jour, on se réveille, et on se demande si il n’y aurait pas moyen d’abîmer un peu la bulle, d’y faire des petits trous, juste pour regarder. On se dit qu’il n’y a rien de bon à rester dans la même vision, dans le même espace, pendant aussi longtemps. Alors on commence, petit à petit, à creuser un peu, une fente par-ci, un passage par-là. On se tourne, se retourne, on utilise la force, la douceur, la feinte, le mépris. L’amour. On essaye de regarder plus loin, plus patiemment. De nouvelles choses apparaissent, des gens qu’on ne voyait jamais avant, des sentiments inhabituels, des pensées plus calmes. Et peu à peu, un monde s’ouvre, prend forme, se construit. La bulle devient plus mince, plus fragile. On se dit qu’il est tend de sortir, que la vie est là, juste devant, à nous attendre. Qu’elle nous invite à tenter le coup, sans trop de sérieux, avec le plus de force et d’envie possible, sans qu’on se fasse trop d’illusions. Alors on se lance.
Et à cet instant, quand on s’ouvre, quand la bulle se détruit, à cet instant précis…on a trouvé la paix. September 10 Lost HighwaySi ça peut permettre de s’évader. Si ça peut aider à trouver ce je ne sais quoi d’intense, de spécial, de particulier. Il y a bien des façons d’entrevoir le ciel, de découvrir un peu plus de bleu, de nuage, d’avoir contre la joue des rayons. C’est une somme, une addition, qui s’exprime par le multiple, aussi divers que les chants de baleines. La recherche du clair, de l’approprié, des sentiments passionnants, des couleurs puissantes. Le creux d’une oreille entend bien l’essentiel, il me semble, soit la formidable diversité. C’est de ça dont je parle, les autres, les vies. De ça dont je parle, les amours, les pluies. De ça qui nous tue, les autres, les vies. De ce qui nous mue, les amours, les pluies. Il faudrait du temps, beaucoup de temps pour tout regarder. Trop court pour ici. Donc choisir, et puis accepter le regret. Je parle de ça, de la vie qui tournoie, de la vie qui bouffe, avale, recrache, saigne, étrangle, dorlote, endort, recommence. De l’immense mouvement, l’extraordinaire circulation, de tout ce qui se déplace, change, évolue, de tout ce qui avance, recule, s’active, s’éteint. Le minéral même se fissure, se transforme, se modifie. Ainsi nous sommes, d’une clairière ensoleillée aux froides soirées de novembre, dans le même tourbillon, et nous disons, encore, plus, moins, de nouveau, assez. Cet espace est rempli, mobile, infinitésimal. Je parle de ça, de projets, de déceptions, je parle de ce qui restera, rien, de ce qui disparaîtra, tout, mais de ce qui ne meurt jamais, le changement. Je parle de ça. September 05 L'ancienne peau
Je rejoins la nuit… il ne me reste que ça, les choses tristes…surprenant…non, c’est seulement, un morceau de moi, c’est seulement la voix, d’angoisse, de peur…on se réveille, seul, on ouvre un œil, il n’y a rien…aucun son, aucune lèvre, pas de corps tiède, pas d’odeur…le neutre, peinture fraîche, blancheur, parquets neufs…c’est un moment intense, interminable, cet espace dédié à rien, soi et sans se sentir, où aller, que faire, pour sortir…on sort des draps, mais pourquoi, rien à attendre, rien à espérer, que devenir, sans avenir…une plongée, lente, épuisante, la lourde carcasse insatisfaite…d’accord il y aura sans doute, bientôt, ici ou là, une espérance, un cadeau…mais à quoi bon, c’est maintenant, maintenant que tout meurt…surtout bloquer les pensées, les émotions…parce que sinon, encore plus au fond, pire, s’engloutir…on se sent là, mais sans raison…on se sent sans, une âme vide, un corps instable…et rien ne retient, plus rien n’existe…plus rien à espérer, plus rien à craindre…simplement tenir, tenir, et croire qu’un jour à nouveau on croira… September 04 I was here
Un jour…ailleurs…la fuite. La fuite du temps, des lieux, du commun, les espaces, les univers, humains, naturels, culinaires, sexuels. Fuir, vouloir changer, d’air et d’état d’esprit, se sentir irréel, s’abattre avec frénésie sur de nouvelles nouveautés, surprendre l’imprévu et lui dire guide-moi, fais de mon monde un ordre renouvelé, sors-moi du connu. Il faut avoir le courage, que j’aime tant chez ces hommes de feu, ils ont la qualité suprême, il faut avoir en soi l’immensité du désir de liberté. C’est dans cette unique intensité que se propage, se construit et s’exhibe les vies entières, les vies pleines et boulimiques. Un besoin irrépréhensible de liberté. Libre de rester, avec une femme, dans une ville, à un travail, sur une opinion, être libre de quitter, une femme, une ville, un travail, une opinion. Ne rien posséder que soi, c’est-à-dire avoir assez de confiance en son propre jugement, en son monde interne, en sa capacité de discernement, de folie, d’altruisme et d’égoïsme, avoir un instinct féroce de vie, de réalité, bref, être une entité consciente de sa valeur –limitée, mortelle, mais bien réelle– et profiter entièrement de son potentiel. Pouvoir choisir, choisir sur tout, sans peur. Etre apte à juger, et réussir à évoluer, tout quitter, tout changer, tout transformer, ne pas rester, bête, stoïque, mouche à merde, vivre en sachant que l’on vit, vivre en sentant que vivre c’est partager, donner, prendre, recevoir, et se sentir. Se sentir. Liberté de vivre. Avec les autres, avec les rencontres, avec le monde extérieur. Avec. Mais aussi sans. Interactions perpétuelles, infinité du possible, de l’imaginable, dérision du monotone, la liberté totale, celle de n’avoir aucune attache insurmontable, celle de n’avoir aucune attache incassable. Une vie libre, un monde ouvert. Toujours être ou devenir, et ne jamais regretter d’avoir été. September 03 Première nuitJournal où fuient les jours, journal dégage une odeur de doute, journal mon journal, demande à mes heures, où sont mes nuits, à mes ivresses, où sont mes bruits, journal. Un habitant, un homme à peine, un être, pas intéressé, intéressant, ni militaire, militant. Un jour de gris, juré qu’on ne s’en ira pas, qu’il restera, jusqu’à la fin, une trace de toi. Je reviens à la charge, je reviens aux furies, à l’assistance, danger, danger. Je poursuis, frénétique, la quête, la journée avec, trouver une issue, un réceptacle décent. Trouver un issue, une fissure, de quoi poser l’œil sur du neuf, du rationnel, mais onirique, du rationnel, mais magique. Un monde à moi, mmmmh, un lieu, douleurs nuageuses, et s’armer de courage pour le chercher. Si l’on savait s’ouvrir, se désarmer, si je pouvais, ne pas courir, vouloir marcher. Il y a des idées incessantes, des traversées. Non, lalala, non, lalalala, je ne serais pas seul, je ne peux pas, non, sans toi, pour la traversée. Non, lalala, pas de pont en bois, pas de pont en pierre, pas de ça, je ne traverserai pas, la nuit sans toi. Mais on avance stagne recule, pour être sur le même monticule, la bosse malade. Sage. Gase. Agse. Sega. C’est plus fort que moi. Sage pour avoir un peu plus de lucidité, sentir que ce n’est pas du doute, du vieux, de la mélancolie. C’est du passé, du bien ancré, solide surdité, je me revois, abandonné. Silence. Un silence qui m’angoisse. Les draps sont secs, ce n’est pas ça, journal de bord, il est 16h37, et on annonce, une tempête. Journal, il est tôt, il est tard, il est maintenant, maintenant, je ne me satisfais pas. Encore il va falloir, y aller, partir, se ressentir…et voyager.
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