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14 oktober Little darlin
On dirait le poème d’Eluard, « ma morte vivante », sauf que tu es là, tout de même, absente, loin de moi, mais ici, dans tout ce qui m’entoure, dans tout ce qui règne, et même la fin du jour depuis l’église d’Avusy, ce mélange, me rappelle à ce vide, ton absence…heureusement que ma sœur, ce qu’on peut faire de plus naïf, de plus frais, de plus simple et de plus touchant, me dit, pendant que nous nous promenons, et en parlant de ses chaussures « qu’elles lui vont très très bien, cette pieds ». Nous nous asseyons dans l’église vide, qui fait résonner son silence et le murmure –très faible, on l’entend à peine– de Dieu. Je sais que tu aurais aimé t’asseoir avec nous, sur ces bancs grinçants, à sentir le bois, et recevoir un bisou… Rentrer chez moi, ça sent le lit seul, la viande grillée et Mathieu Boogaerts. Une journée qui ressemble à de la pâte à modeler. Mon amour hélas, le temps passe… Et désormais, pourvu qu’il passe. J’ai vu quelques personnes, ces personnes, personne. Tout est un peu diaphane, volatile. A part peut-être les téléphones nocturnes, ce qui relie, et des notes poudreuses. Une journée, c’est long. Promenade à vélo, combien de minutes comblées. Je reçois un message. Ces mots qui reviennent, de loin, à peine de la terre rouge et des parcs en été.
Un autre jour se termine, on dirait qu’il y a quelques siècles qui nous séparent, sur que demain sera plus long, la douleur fade, c’est comme un repas qu’on ne digère jamais…il faut manger encore, pourtant, plus rien ne passe vraiment. Ou plutôt tout passe, avec ce même goût de dégoût. Mais…au milieu des plats, sortez les cotillons, quelques petites framboises. Qui ont toujours bon goût… 24 augustus La chance de ta vieSur les côtes de ces instants éteints, on a le cœur un peu vacant, les joues qui tremblent et les yeux qui luisent, à l’intérieur même c’est encore pire, on respire mal et les membres n’écoutent plus ce que le cerveau ordonne. On ressent. Plusieurs battements réguliers, des bruits sourds, on n’a que le loisir d’écouter s’enfuir et couler sous l’eau sombre ces maigres morceaux de moi. Il faudrait avoir un mode veille pour le moi. Faire durablement disparaître semble un effort un peu vain. Mais au moins, de temps en temps, avoir la possibilité de mettre de côté, de laisser tomber les je encombrants, les personnalités. Je ne va pas avec être. Descartes a tué Bouddha. Une journée, non même pas, une minute, une seconde, à peine un instant plus fin qu’un papier, comme un souffle coupé, pouvoir ôter ce qui rattache l’existence à un corps précis, à des souvenirs spécifiques, à une demeure interne. L’espace d’un battement d’ailes, débarrasser la conscience d’un sujet, subjekt, et ne relier à cette conscience que l’étant du monde, l’étant du tout, étantité. Il faudrait pouvoir se fuir, se déguerpir, se désindividualiser. Une minute par mois, par année même, simplement recevoir un espace commun, impersonnel, inappropriable. Ne pas cesser d’être, au contraire. Etre sans je. Il faudrait pouvoir faire sortir, ou plutôt non, tout laisser, corps, sujet, et recevoir les étants alentours, les existants avoisinnants, tout ce qui ne s’encombre pas d’un poids égotique. Je pense donc je ne suis que moi. Et rien du reste. Pour un fardeau, s’en est un. Impossible d’apprécier, de connaître, puisque tout passe par ce prisme déformant, par cette lentille auto-grossissante. Je je je je je je blablabla…Heureusement, pour un peu s’oublier, se désintégrer, quitter cette individualité surchargée, il y a la montagne, Ségou, Avusy, et le rocher plat, en face de l’Océan, à Manly. 08 augustus ...
En rentrant, j’irais bien rendre visite, avec une jolie fleur, à la tombe de Bouvier. Sur les hauteurs, un peu loin de la ville. Dire bonjour à l’ami inconnu, au copain sans corps. J’aurais bien aimé, parmi mille autres choses, partager cette vue de montagne avec lui. Des plans vert bouteille, vert clair, vert de mélèze, vert de pâturage. Le bruit des cloches, des insectes infatigables, la rumeur du village, Schuman. Les jambes fourbues, le visage frais, deux-trois bisous. On aurait trempé nos pains dans une fondue onctueuse, –mais pas trop, penser à Roxane– en buvant ce blanc d’Yvorne (Vaud) qui plaît tant à ma mère. La nuit, des feux dans toute la vallée auraient brillés, tandis qu’il aurait fait fondre dans nos esprits son hiver à Tabriz. Il n’y a pas d’instants plus pénétrants que dans cette montagne, de calme aussi apaisant qu’avec ces ruisseaux glacés. Je pense qu’il aurait aimé. Mais même sans lui, ici est intense, tout paraît simple, on se sent au milieu du beau rempli d’humilité, et le mot bonheur semble vouloir s’accrocher à chaque chalet, dans chaque alpage, sur chaque caillou. Quelques heures à marcher, regarder les fleurs de montagnes. Violettes, jaunes, blanches. Ça ressemble à un conte pour enfants. Et c’est sans doute pour ça qu’on se sent si bien. L’odeur d’herbe grasse, de bouse séchée, de champignon frais et d’épines durcies parviennent au nez sans lourdeur, avec jusque ce qu’il faut pour vous faire plonger dans une torpeur sauvage qu’on voudrait bien apprendre à recréer. Mais rien de ce qui est ici ne semble vouloir être copié. Les semelles crépitent sur une caillasse qui vire au turquoise sous le soleil. Il y a quelques oiseaux, et un papillon qui paraît avoir fait le chemin depuis Rio. Couleurs ébouriffantes. Les promeneurs, à cause d’un code social bien obscur, se disent invariablement le même bonjour lorsqu’ils se croisent. La sensation d’appartenir à un complot machiavélique, un groupe d’illuminés, dont le code secret serait cette formule de politesse. Tenter la prochaine fois de lancer une autre formule. Le fromager juxtapose les fraises. Après la marche, on ressent cette fatigue prévisible, raisonnable, souriante. Comme une récompense, un peu de nous qu’on laisse sur les sentiers. Sur ce une petite faim, ça est frugal, salade, fromage de chèvre et jambon cru. Les rayons du soleil perdent en vigueur, pas en solennité. Toujours l’impression que Dieu tente un langage des signes particulier à des aveugles. Ou que des aveugles hurlent à un Dieu qui n’est que vision. Bref, on ne se comprend pas très bien. Mais on existe. Les moments perdent leur forme rigide, sèche, imposante. La minute à lire passe comme l’heure à cuisiner. Elle ne passe pas. Elle existe, c’est tout. Une odeur de beurre fondu, d’huile d’olive, de pâtes au pesto. La nuit venue, ce qui est beau, c’est d’installer des bougies de chaque côté de la baignoire. Et au milieu des feux d’artifice, regarder scintiller ses yeux. J’aurais bien aimé, avant de rentrer, parler un peu avec Bouvier. Lui dire ce que j’aime ici. Et surtout l’écouter. Il n’y a rien de plus beau que le talent simple, le génie humble. Qui me fait pleurer. Qui me donne la force. Exister. Au col des Mosses. 01 augustus Sur le fleuve
Quand on part, quand on voyage, lorsqu’on s’essaye à la vie d’ailleurs, et même, quand on reste là, chez soi, assis à une terrasse d’un café du centre-ville, en fait, où que l’on soit, au fond du jardin familial rempli de roses et d’une énorme plante de cannabis, le lieu importe peu. Il y a une façon de voir le monde alentour, ou plutôt une idée qu’on se fait de la vie qu’on mène…penser à ces descriptions qui paraissent hors du réel, qui semblent venir d’une page pleine de poésie à la Queneau…en y regardant bien, en y regardant de plus près, c’est bien les minutes écoulées sur cette terrasse du centre-ville ou mieux, dans un bus bondé qui fait des haltes sans rime ni raison tous les quarts d’heures par une chaleur qui est en elle-même une aberration, c’est bien dans l’instant familier, anodin ou palpitant que se déroule la magie du monde, l’irrationnelle soif du vivant, l’indicible bonheur des minutes déroulées. Il n’y a pas, ou plutôt il y a tellement peu de ces moments intenses, purs, de ces instants éthérés qui se gravent et s’affirment comme autant d’expériences inoubliables et profondes. Il n’y a jamais, ou si rarement de magie centrale, d’harmonie personnifiée, d’inimitables vécus qui deviennent extraordinaires passés. La vie est tristement, invariablement quotidienne et présente. Il n’y a que des bus bondés et brûlants, que des terrasses simple où le coca est tiède, que des petits poèmes sur l’amour décrépit que l’on lit au bord d’une piscine en essayant de trouver des exemples de conflits résolus par la société civile. Il n’y a que tellement peu de soleils qui se couchent sur le Niger en révélant à un petit être l’existence de Dieu, il n’y a que tellement peu d’odeurs de blé qui fondent sur vous comme une pluie de miel et vous ramènent à la pureté. Les petits instants anodins, voilà ce qui fait le l’essentiel, le vers frais et joyeux. On rentre dans un marché qui a la furieuse tendance à vous brûler les intestins et à ternir votre humeur, et pourtant c’est à ce même marché rempli de bus verts que vous penserez plus tard, chaque matin. Un jour vous avez le cœur fragile, les envies peu égayées, et le simple fait de sortir vous paraît épuisant, et pourtant c’est dans cette journée que vous fondrez vos heures heureuses, ces petits moments qu’on rappelle à soi comme pour se dire, Ah, j’ai tout de même bien vécu, rouler un peu ma bosse et su sortir de mes draps trop doux. Les jours passent, plutôt monotones et semblables, on sent l’habitus coller ses tentacules sur nos envies, et c’est là que revient la mangue si juteuse à l’arrière-goût poivré de Ouaga, c’est là qu’apparait le sourire de O. qui rapporte une purée d’avocats au citron. Les instants sont capricieux et exigeants, ils ne se laissent pas presser si vite, si facilement. Chaque minute, à sa façon, exige sa dote, son pesant d’or, pour laisser couler un peu de son sens profond, un peu de sa poésie naturelle. Les minutes révélées et soudaines sont comme de rares et inespérables cadeaux qui permettent de puiser l’énergie nécessaire pour toujours vouloir presser le jus des tous ces jours simples. Les instants magiques sont distribués parcimonieusement, afin que l’on en fasse le meilleur usage possible, le seul d’ailleurs, c’est-à-dire reprendre les forces suffisantes pour suivre le cours du quotidien. Et de ces jours à presser. Il est tellement difficile de savoir s’attabler à une terrasse, de feuilleter un livre jaune sous les réverbères et de prétendre comprendre, de prétendre avoir trouvé, de tomber sous le sens, littéralement. Mais c’est la seule leçon que les jours nous enseignent inlassablement. Ne pas chercher ailleurs, ce qui est là, devant soi. Il y a tant de mangues juteuses à dévorer, de sourires sincères, de bus immobiles et de riz collants. Il faut prendre le temps de ne pas chercher, de ne pas espérer. Trop rares sont les messages clairs. Il faut prendre son mal, ou plutôt son bien en patience. Et aimer les pots de confiture, le sourire triste d’une vieillarde, avec en plus –et c’est encore mieux– la chance d’avoir avec soi, comme un miroir à la peau douce, l’amour au doigt. 18 juni Bien avantUn peu spécial pour une fois, mais lorsque les mots d’un autre sont si justes, il faut savoir s’éclipser, partir, ne rien écrire, prendre le temps de lire, et se laisser pleurer.
« Bien avant qu'on se soit connu Bien avant l'heure bien avant l'heure
Benjamin Biolay 10 juni C MajorPluie interminable, qui noie et inonde jusqu’au fleuve vert en bas de chez moi. Pluie incessante de juin, foule désespérée qui navigue sous le marasme d’un ciel cruel et oppressant. Pluie sentimentale, qui ne laisse pas d’autre choix que d’aller chercher plus loin, au fond de soi, un peu de tendresse, de lumière chaude et de pâte d’amande. Ici nous savons que les jours heureux sont comptés, que chaque nuage de plus sous nos têtes est un soleil de moins sur nos peaux, et que bientôt, déjà, vont revenir les trottoirs sombres, le vent glacial et les mains rougeâtres. Il n’y a pas de compensation, l’injustice est inéluctable, les gris ternes et la bruine sauvage ne lâcheront rien, alors on peut voir sur chaque visage cette inquiétude pesante, le besoin de sentir un peu l’odeur du blé coupé, l’envie de revoir l’eau tiède et la crème solaire. Mais rien. Pour l’instant rien. Il n’y a qu’un pas à faire, quelques pièces à donner, pour partir, s’éloigner, et aller trouver ce que l’ici tient farouchement à nous refuser. Un peu de gaieté. Mais il faut attendre, savoir patienter, et traverser ces longues coulées d’eau fine, avant la saison d’hivernage, la poussière jaune, le riz en sauce et les peaux foncées. Il semble qu’ici, rien ne resplendit, il semble qu’ici, sur les nuages gris, le temps se maintient, se dilate, s’amuse à dormir. D’un sommeil de pluie. Aujourd’hui en regardant les champs de colza, j’ai cru que tout devait s’éteindre. Pour de bon. Enfin. Mais non. Rien. Une seconde plus tard. Une éternité. Rien n’avait changé. Quelques petites gouttes bleues. L’odeur du blé coupé. Et contre mon front, avec une larme gelée… Des cheveux blonds. 28 mei Pâle SeptembreOn fait des choses et d’autres, le temps passe comme ça, à se désister, à détester, à attendre. Mieux. J’ai des images sereines, la sincérité, une odeur qui reste au fond, tout au fond, l’herbe coupée. Il n’y a pas de boissons qui piquent, pas de violence dans les mots, seulement cette idée de calme, d’éternité qui diffère. Les mélodies, elles sont en moi, elles me possèdent, je suis à leurs pieds. Les mélodies, elles me guident, me consolent, elles réparent, attristent encore plus. Les mélodies, depuis que j’ai quitté le monde bleu, les mélodies m’amusent, s’usent à me contenter, à me faire admettre, qu’il n’y a rien, qu’il n’y a que ce que je veux bien voir. Les mélodies et moi, quand c’est le calme plat, se chargent de remettre à jour mes féminités. Elles donnent au cœur, et à mes doigts, de quoi vivre un peu plus d’intensités. Les mélodies désenchantées… Mais au fait, sur quoi je vais dormir, quand il n’y aura plus toi, quand on sera, et c’est certain, bien loin. Sur quoi je vais poser, mon envie d’aimer, de donner, de recevoir, d’être bien. Qu’est-ce que tu feras, quand tu n’auras plus, dans l’ombre de mes bras, les petits mots drôles, quand tu seras, avec un autre, sans moi. Il n’y aura rien. Aucun changement. Les mêmes innocences, les mêmes caresses tendres. Avec juste un souvenir, d’une seconde à peine, des anciens désirs. Et puis la vie qui reprendra, avec un autre, sans moi. Il n’y aura rien. Pas de beautés passées, pas de regrets. Aucune envie de repenser, les nouveaux plaisirs, bien mieux agencés. On n’apprend rien. On ne grandit pas. On ne fait que recommencer, les mêmes douleurs, les mêmes pertes, les mêmes redécouvertes. Sans rien à comprendre. Il n’y a pas de sens. Pas d’interprétation. Tout est sans raison. Juste par besoin, par envie de plaisir, par désir de donner, de recevoir. Juste pour être mieux à deux, que seul, face à la ville noire. Tu seras avec un autre, sans moi. Et moi…comme d’habitude moi, à écrire qu’avant me manque, qu’après me fait peur, que maintenant s’éternise…et à mes côtés, dans les plis d’une chemise, ton odeur passée…moi je ne serai même pas sublime dans la douleur, moi je n’aurai pas de chansons à composer…juste cette déception de plus, qui ne voudra pas passer…et une envie, de plus en plus grande, qui finira bien par arriver…pour de bon, pour l’essentiel, parce que trop c’est trop…tout arrêter. 19 mei On est passé à l'heure d'étéEt si on prenait le temps de s’attarder un peu, loin d’ici… Regarder au ciel, s’émerveiller, et puis oser partir. Devant les rives du Rhône, sur ces bords que l’eau verte caresse, essayer de ressembler à un poisson. Un poisson qui se noie. Et ensuite, lorsque la lumière s’oublie, prendre la route d’une soirée sans audace, douceur douloureuse, et ramener jusqu’à soi l’ardeur des gens. Les voir tous agités, à préparer un peu de gaîté. Rester lointain, ne regarder que ce qu’il y a à laisser, conforter sa solitude. Il faut sourire encore un peu, tant que la nuit ne cache pas les souvenirs vivaces, la nostalgie des hommes étranges. Enfin se sentir partir, réellement, sentir les odeurs de grillade, l’herbe qui nage dans l’humide, le dernier chant d’une coccinelle. C’est que l’été transporte tellement, il n’arrange rien, avec ces mille propositions de vie. Il faut pourtant se détacher, savoir laisser sa place, devenir humble. Plus rien n’a d’importance, il faut oublier ces rives moqueuses qui chantent l’espoir. Une petite fourmi, ou plutôt non, un unique papillon de nuit, rejoint sa maison. Demain sera, Dieu seul sait comment, mais différent. Semblable, oui, ces brises légères se ressemblent, mais différent. Un sommeil léger, l’atmosphère mouillée des draps, et puis se lever pour aller au lac, boire un jus de fruit, regarder les vaguelettes faire semblant de dormir. Se rappeler, en écoutant une chanson qui parle d’îles, et puis voir dans les galets un sens qu’ils n’auront jamais. C’est l’été qui revient, inlassablement, c’est l’été qui n’abandonnera pas, et qui veut savoir, ce que je suis devenu, depuis un an. 19 april Les jours heureuxAujourd’hui c’est le premier jour d’été. Fin avril, il n’y a eu, jusqu’à présent que le gris de la pluie, le froid sans partage. Mais aujourd’hui, journée ensoleillée, petit pull, le soir nous allons manger, une shawarma, ensemble, en amoureux. C’est tellement beau, au bord du lac, à regarder la lune pleine, le jet d’eau qui perd la raison, toi dans mes bras, sur un banc vert. Des touristes cherchent leur chemin, –je voudrais leur dire que je ne connais pas non plus le mien– il y a des petits moucherons, et le soir tombe. On se regarde, on s’aime je crois, rien ne presse, à part ce léger vent frais. Quelques pas, on rit de nos rires, on se serre fort, l’odeur des fleurs qui naissent ressemble à celle de ta peau…c’est beau. Envie de jouer des notes douces, au piano, de murmurer des vers jolis, sans trop d’importance, juste pour donner une maison à nos jours heureux. Car c’est bien cela. Avec ces mots, ce que l’on veut…donner une maison à nos jours heureux. 03 april Minha GaleraOui, c’est un peu vrai, quand même…à force, on s’enlise, on stagne, on bouge moins. La folie de grandir, d’espérer, le souci quotidien de rencontrer, de trouver autre chose…on s’éteint. Il y a d’autres envies, se préserver, savoir lâcher prise, revenir aux bases…mais plus vraiment de désirs étranges, d’intensité. On reste derrière, à un concert, on met des jours à se remettre d’une nuit blanche…les alcools dévastent plus qu’ils n’enivrent…on se souvient des dizaines de cigarettes fumées en un soir, des joints allumés l’un après l’autre…de l’euphorie perpétuelle, une fois la nuit tombée, tous les plaisirs féminins, chanter dans la rue, hurler à la vie sous les étoiles… Maintenant, c’est différent, ça sent le sapin, le regret, l’odeur du thé fumé…une chanson tellement douce, fredonnée à tellement d’oreilles, et à l’intérieur, un cœur tellement intense…oh minha menina…on ne chante plus. Le piano devient instrument, de travail…on est plus calme, face à l’ignorance, à la bêtise…on sent bien que les rêves ne reviendront pas, qu’il est inutile de chercher, il n’y aura plus, ces espoirs, croire aux fées…et pourtant, elles étaient tellement belles, ces fées… mais non, on s’assied, on pèse, on soupèse, on positive…on dirait que tout est consommé, qu’il n’y a plus qu’une routine, une rotation…le temps est à l’étude, au boulot…et on attend, sans jugement…et on a peur, sans grandeur…de la fin des haricots. 16 maart Le vent nous portera
S’il arrive encore que viennent les sourires de novembre sur ses joues. S’il se peut qu’une fois de plus se dessinent des tulipes dans ses yeux. Si d’une façon ou d’une autre ses seins pointent toujours vers mes doigts. Si sans le vouloir, sans raison, un bisou dans le cou est posé, juste comme ça. Si c’est à la mort, à la vie, mais pas vraiment. Alors il existe une fille telle que cette fille me rend heureux.
Pour tout ces philosophes analytiques, logiciens acharnés…une pensée…pas très affectueuse.
Et pour Swenn, compagnon d’infortune syllogistique… 09 maart Unspoken
J’irais bien ce soir, danser à Rome, manger thaï, oublier que demain n’est pas loin. Il faudrait laisser tomber, juste pouvoir…avec toi j’irais bien, loin d’ici, prendre un avion, et puis ta main. Sur les acacias, rester en équilibre, favoriser l’anodin, le rêve d’hier soir, les petits mots de ce matin. J’aimerais bien…qu’entre nous reste toujours cette espèce de candeur heureuse, les yeux qui s’amusent et s’enlacent. Pourquoi pas… On a tellement à attendre, les images, les figures…tant qu’il y aura, quand tu te coucheras, l’odeur du savon Nivea…et ce bleu sans saison. La mélodie des enchantés… 06 maart Voyage VoyageJusqu’à quand se rappellera-t-on de ça, de ces moments sans soleil, de ces cris de désespoir heureux…jusqu’à quand resteront en mémoires, ces soirées d’avant, à la Parfumerie…je revois D, avec son crâne à peine dégarni encore, ses bras au-dessus de la foule, les doigts qui claquent, cette tête déchaînée, les cris aigus à chaque coup de caisse claire…je revois G, le sourire éternel, la bouille pétillante, son regard de chasseur lubrique, les succès féminins…il y a Gr, l’œil imperturbable, cette hauteur sereine, à peine deux bières dans le sang…et puis V, ses discussions sérieuses, la tête pleine de cœur, joie d’exister en tant que V…et puis aussi, qu’auraient-été ces nuits, sans tous ces faux amis, connaissances nocturnes, la complicité d’ivresse…nous étions tous, rempli de rêves, d’alcool, de marijuana, de tabac, d’envies de courbes…c’était il y a longtemps maintenant, les choses ont changées, tout s’est arrêté…musique des années 80, queue décourageante à l’entrée, bière à 4 francs, un ancien amour…plus rien n’existe désormais…il me fallait graver, ce qui pendant des années, a fait mon quotidien de fêtard…parce que le temps permet cela…de laisser, petite éternité, l’espace d’un instant…une trace…un message…Voyage Voyage. 03 maart M'bifo
Une pluie qui fait fondre la moindre envie d’extérieur, un ciel gris qui ne laisse présager rien de bon, des corneilles accrochées à la balustrade du balcon, et Rokia Traoré qui tente de contrer cette journée sans merveille. Une heure passe. Couché sur le lit, un livre à gauche, un autre à droite. Lecture distraite, quelques pages à peine. Un peu d’encens qui brûle et saupoudre des cendres sur le piano. Un matin, il y a longtemps, ce même endroit, cette même pluie, et aucune envie. Depuis, il y a de quoi rire, tellement de désespoirs déçus, d’espérances retrouvées, de thés au jasmin. Une heure passe. Sur le lit, il y a maintenant, du chocolat aux noisettes, et du pain sur une assiette. Voilà quelques jours que s’éparpillent des bougies sur le sol, sans rime ni raison, à moins peut-être, que ces coulées de cire sur le parquet informent, signifient, présagent même…je ne sais pas. Une minute passe. Sans rien à dire, sans rien à faire, agir ou agiter, l’intérieur qui s’immobilise et l’extérieur qui s’endort. Tout semble s’ignorer royalement, se suffir, se contenter. Aucune interaction, aucun partage. Aucune bataille ou contradiction non plus. Une lenteur figée, les draps se plient à peine sous le poids du corps. Une minute passe. Entre la fumée blanche et ces notes métaphysiques, j’essaye de trouver ma place. Une place qui se profile comme de moins en moins grande, une place qui m’en laisse de moins en moins. C’est bien. Une minute passe, et entre deux morceaux, un borborygme joyeux s’invite sans gène ni discrétion. Tiens donc. Une minute passe. Et puis la sonnette s’exclame, première voix de ces mots doux, de ces gestes tendres, qui attendent devant la porte. Le temps ne va plus vraiment exister, les sens tous tournés dans la même direction, et le cœur comme la raison…dans ses cheveux blonds. 14 februari Nocturne en fa mineur, op. 55, n°1
On a construit avec cette espèce de sensation qu’il y a en nous de l’exception. On espère trouver le centre profond qui nous anime, les couleurs intenses, ce que nécessite notre existence, nous croyons posséder l’unique, quelque chose de particulier. L’individualité se représente dans cette conception commune…la dichotomie est risible. Je qui rugit, je qui ne se laissera pas oublier aussi facilement, je qui ne pourra jamais disparaître. Pour quels fantômes se voile-t-on la face. De quelles fées craignons-nous la punition. Il n’y a pas de je. Il n’y a pas de pensée liée au je. Il n’y a qu’existence. Pas mon existence. L’existence. Etre, pas par pensée, être parce que les sensations fonctionnent. Inutile de concevoir pour être, Inutile de prendre conscience. Il n’y a pas de je. Illusions. Il n’y a qu’un fonctionnement, une roue, une continuation. Rien ne sert de prendre la voie de la pensée, du rationalisme, de l’analyse. Tout est déjà, tout a déjà été, et tout sera toujours. Rien qui existe ne peut disparaître. Existence est éternelle. Tous nous sommes particuliers, et appelés à ce titre à nous éteindre. Notre individuation cause cette extinction. Aucune possibilité de s’attacher, aucune raison de croire, pas plus que de se penser ou penser l’autre. Il n’y a pas de place dans cette mécanique pour le je. Il n’existe rien d’autre que l’existant, sans passé ni présent, sans futur. Je est une invention, un mirage. Je ne suis que parce que j’ai décidé de posséder ce qui me possède. Je suis parce que je veux qu’existence devienne mon existence. Mais existence prend toutes les formes, existence se transforme à l’infini, sans jamais changer. Existence est une infinité docile, une éternité modelable. Je n’est qu’une représentation à la mesure de notre faible cœur. Je n’est rien. Rien. Rien. 24 januari Les cerfs-volants« Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s’en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l’aube se lève, s’étend, les cailles et les perdrix s’en mêlent…et on s’empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où ou ira le rechercher un jour. On s’étire, on fait quelques pas, pesant moins d’un kilo, et le mot « bonheur » paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive. »
Nicolas Bouvier 17 januari http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=9782825137352&num=1&type=22&code_lg=lg_fr08 januari Bien avantCe soir où on est ici, magique. Ce soir où rien n’est prévu, pas d’obligation, pas de pression, pas d’envie particulière. Cette soirée avec toi, peut-être, cette soirée à regarder des pages, un écran, des touches blanches et noires. Une fin de journée, et rien n’est annoncé. Ce soir, j’écoute chanter des voix d’anges, Bien avant, Benjamin Biolay. J’ai des querelles à l’intérieur, qui font fuir mes moineaux. J’ai de drôles de pensées, des illusions que la musique fait ressurgir, des fables passées. Un soir comme celui-ci, si je devais dire, quoi de plus, que demander. Je crois bien qu’il n’y aurait rien. Pas parce que tout est parfait, absolument pas. Simplement parce que je n’ai pas de souhait. Rien d’autre que ce qui est là, devant moi, en ce moment. Rien d’autre que ce que peut me promettre cette nuit, demain. Rien de plus que ce clavier, ce lit, ces notes, et les pensées. Aucune perturbation, par des désirs, des plaisirs, l’intenable envie de posséder. L’insatisfaction n’existe pas. Elle était ici, elle va revenir. Mais là, juste là, dans cette seconde qui fait clapoter les lettres, disparue. Envolée, l’insatisfaction. Elle n’existe plus. Cette soirée, ce soir, il n’y a que moi, ici, vivant, qui est. Je suis. C’est tout. Sans plus. Simplement...je suis. 01 januari RoxanneIl paraît désormais indispensable de m’intéresser à l’autre. Il semble que j’ai pris déjà beaucoup de temps, consacré beaucoup de moyens, à ignorer le monde extérieur (après l’avoir d’ailleurs trop investi), à me concentrer dans moi, pour moi, à fuir comme la peste le piège classique qui consiste à éviter ses faiblesses, ses angoisses, ses hontes, en ne posant les yeux que sur les autres, en n’investissant que la réalité, en n’allant que vers l’extérieur. Oui, il faut se centrer sur soi, oui, il est indispensable, de détruire les mythes, de persister à penser –et c’est pour moi une valeur indiscutable– que c’est dans son monde interne, dans son propre intérieur, que se joue la compréhension. C’est une folie que d’aller trouver son identité dans l’autre, uniquement l’autre. C’est insensé de penser qu’il n’y a pas en soi des constructions fragiles, que certains fondements sont illusoires, que rien n’est à détruire, à corriger. S’améliorer, c’est évidemment, c’est obligatoirement chercher là ou on préférerait ne pas aller, c’est forcément, de terribles efforts, des crises profondes. Le doute méthodique est indiscutable. Le doute est un allié indispensable. Je pense que oui, je crois que ceci, je veux aller là, j’espère que cela. Très bien, d’accord. Mais pourquoi. Pourquoi cette orientation. Pourquoi cette fille. Pourquoi cet ami. Qu’est-ce qui régit réellement mes choix. De quoi ai-je absolument envie. En quels faits puis-je avoir confiance. Les nobles causes, les combats superbes. La justice. L’égalité. La solidarité. Le bonheur même. En lisant de tels mots, on sent immédiatement le ridicule, l’espèce d’infantilité qui se cache sous ces valeurs incernables, ces concepts aux grands sabots, ces coquilles vides. L’utopie n’est pas spécialement dans l’irréalisation des idéaux. Elle est plutôt dans l’hypocrisie de ses partisans, qui s’attaquent à un but immatériel au nom sensuel plutôt qu’à la petite bête mesquine qui couine en eux. J’admire les hommes et les femmes de conviction, de foi, de croyance, qui se dévouent à leur cause, qui possèdent l’inébranlable désir, ces êtres presque trop volontaires qui s’émancipent des incrédulités, des mesquineries, et qui foncent, sans démordre, vers leur but suprême. Mais je reste prudent face aux masses volontaires, face à l’esprit collectif qui s’élance, s’enflamme pour des causes improbables et dérisoires. Je rêve de voir ces esprits pousser au paroxysme leur envie de révolte, pour les voir un jour, banderoles à la main, slogans dans la voix, poings levés, manifester contre la mort. Illustrer l’inutilité des combats. Mais il est temps je crois, il est l’heure maintenant, de changer un peu de cap, de recevoir à nouveau, le monde en entier. Ne plus faire glisser sur ma peau, toutes les souffrances, les incohérences. J’ai bien regardé, depuis des années, ce qui est en moi. Je l’ai peut-être même trop fait, au point de ne plus réagir, d’avoir une certaine apathie face à la cruauté. Et de l’impatience, voir du mépris, pour tout ce qui milite, combat, espère. C’est sans doute ça, aussi. Espérer. Suis-je encore capable, ai-je vraiment envie. Espérer. A quoi bon. Pour qui. Pourquoi… Alors oui, c’est important, il faut réussir à aller, à recevoir l’autre. Et persévérer. Persévérer. Mais jamais je n’oublierais, le besoin d’être en moi, jamais je ne laisserai, le doute méthodique, le doute cartésien, le doute sceptique même. Espérer. Persévérer. L’autre. Les injustices. Combattre. Mais jamais loin de soi. Espérer… 20 december Les étoiles filantesQuitter la maison familiale. En face, lumière allumée dans la chambre des grands-parents. Pâle lueur bleutée. Le givre recouvre tout, les graviers crissent à peine. On crache de la buée à pleines bouffées, les lèvres tremblent. Sur le toit de la maison, ces tuiles oranges, les vestiges d’un nid d’hirondelle. Une odeur de terre froide stagne sur nos têtes. Encore quelques pas et nous serons, dans la voiture, vers chez moi, boire de l’alcool, puis chez d’autres gens, et en soirée, et loin de là. Eviter de croire que rien n’a de sens. Ne pas penser à la douleur de voir ces lieux disparaître, l’un après l’autre, inexorablement, avec leurs habitants, les fondements de nos vies. Bloquer les émotions, ces sentiments sans fond, ne pas se perdre dans l’abîme des envies de mort. Tout va s’éteindre. Ne pas y penser. Pas maintenant, pas encore. Lorsqu’il y aura un stimulant, une euphorie provoquée, alors peut-être, affronter un peu, un peu de loin, cette souffrance interminable, inchangée. Nuit de décembre, partir d’ici, de ce qui fut chez moi, s’engouffrer dans la ville sombre. Provoquer les malins génies, disposer encore une fois son corps sur l’envie. Et la peur infinie. Ne pas regarder ce qui est parti, ce qui a fui, ces histoires que l’on imaginait écrire pour toujours. Un petit studio rempli de désir, de gourmandise, de parfum. Les amandes de jeunesse. Pour toujours disparaissent. Au milieu de la nuit... |
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