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      27 januari

      Bees and butterflies

       

      Une nuit dans l’avion, un indien ivre qui renverse son plateau-repas, au-dessus de l’Atlantique on espère sans croire. Et le temps passe. Et nous revoilà.

       

      Retourner dans le café jaune, revoir les montgolfières qui éclairent le bois lustré, inonder cette gorge, irritée par la fumée, de thé à la bergamote, et on recommence encore, on ne change pas grand-chose, c’est juste nous qui changeons. Au retour du blanc gelé, des nuits brûlantes de froid, avec les odeurs de passion qui planent toujours, jamais loin, on se rappelle des soupes aux pois de midi, du train-maison sans chauffage, d’une première nuit de retrouvaille, érotique intensité, de toutes ces promenades qui valent bien une éternité, et puis surtout, enfin, la poésie résumée de l’autre, on a passé notre temps dans les églises, les librairies, et les cafés. Une balade dans le parc qui se croit tout permis, à geler partout, à se virginiser, qui devient tellement beau, avec l’océan bleu foncé. Quand ce n’est pas pour marcher dans la neige, c’est pour rester dans l’appartement beige, et si on ne se réfugie pas dans un bar à thés, c’est parce qu’il faut parler au chauffeur libanais. Une fois, dans le wagon panoramique, on rencontre un sikh aux yeux brillants qui peint, gagne assez pour passer de l’Himalaya au Saskatchewan pendant tout un hiver, et qui se fait nourrir par des admirateurs, compatriotes exilés. Des souvenirs, distraitement accrochés se touchent, se multiplient, s’encombrent un peu, et puis tombent. Quelle espérance de vie pour cette crêpe à la purée de marrons dans le café breton? Combien de temps pour la dix-huitième nuit, dans le pub d’Edmonton ?

       

      Il y a quand même beaucoup de simplicité, alléchante et gratuite, chez ces gens du froid, et dans tout ce qu’on vit, à deux, pendant un mois. Nous n’avons pas vraiment changé, enfin je ne crois pas. On s’est juste affiné, un peu, il me semble, on a pris du temps et du plaisir à lire Marc, et à s’ajuster toujours un peu plus, ensemble. [1]



      1 petite dédicace à la princesse malabar, pour l’inspiration musicale.

      09 december

      Tabarly

       

      Mardi soir qui s’endort. Mardi soir qui meurt. Dans une semaine, le sol à dix mille mètres de mes pieds, la voix nasillarde d’un tailleur bleu, et à l’arrivée, au bout du tunnel clôt, de ces suites de petits cauchemars rêveurs, après les tables en bois et ces thés fumés, une forme humaine aux yeux bleus, une espérance improbable, le dénouement.

      Mardi soir qui tremble. Des nuits entières à ruminer le même désir, sur le cahier rouge, baver un peu d’amour triste, sentir la chair s’infecter, pourrir lentement, et noyer la gangrène rouge dans le vin vaudois, la bière hollandaise, le Moyen-Orient.

      Oh bien sur après mardi il y a mercredi, et les lamentations sont indécentes.

      Ce ne sont que des petits cris…pas grand-chose.

      Un bruit de fond, une légère palpitation du myocarde, continue, irrégulière, un vague poids superflu sur le ventre, sournois, une nausée douce.

      Ça ramène toujours à soi, le sombre, la jalousie, la peur, l’ennui, ce qui n’est pas beau. Ça ramène à son ignorance, à ses craintes, à sa suffisance. Au puits qu’on ne pourra jamais combler. 

      Et puis ça démange, aussi, cette absence, ça donne envie de se gratter. Se gratter le petit bouton de sentiment.

      Mais mon amour, heureusement, le temps passe.

      Après l’océan, il y a une terre froide, remplie d’arbres immenses et de trappeurs bourrus, et au fond, tout au fond, encore après…dans une ville au bord de l’eau que les baleines surveillent…ses cheveux blonds.

      12 november

      Fix you

       

      En allant voir l’homme au chapeau, il y avait quelques appréhensions, ne pas savoir, ce qu’il restera de toute cette grandeur. Après quelques dizaines de minutes, le doute s’envole, l’immense charisme, aspergé par ce corps maigre, vieilli, est bien là, plus présent que jamais. En écoutant la voix grave, à peine rauque, en regardant revivre ces mélodies, tout semble intact, plus beau encore car un peu passé, déjà mythique et légendaire. Hallelujah

      Et en revenant, le sombre, les nuages gris, sur la route, avec en tête cette scène de baiser sous les étoiles factices et la chanson de Chris Isaak[1]. Une fois de plus, c’est avec douceur que s’envole ce qui compte, ce qui importe vraiment, et ne reste que la poussière des livres, les journées, pluie-novembre-lys, avec dans la poitrine, nos deux maisons. Ces semaines, surtout depuis qu’elles ont le toupet de s’allonger à loisir, résistent aux coups de lecture, de loisir, d’écriture et de vin blanc. Il faut savoir bien s’installer, dans le lit rouge, et écouter chanter ce qui fait le doux-amer. Lorsque tout sera terminé, lorsque tout, éteint, y aura-t-il la nostalgie de la nostalgie ? Non, pas cette fois…

      Une pointe d’amertume, seulement, pour tout ce non-partage, cette non-intimité, le non permanent qui vient pousser tous ces jolis mots.

      Il faudrait des choses plus simples, parfois, en plus des bières coupées à l’eau et de la bibliothèque d’arabe. Il faudrait, peu importe quoi, un peu d’embrun de son odeur, une caresse de dix mille kilomètres, les mots qui comptent vraiment, figés dans la moelle. Ce serait bien, d’apprendre à laisser fuir, d’apprendre à regarder de loin, pouvoir apprécier un bonheur qui n’est pas le sien. Etre un hibou, placide machin à plume, qui laisse son regard fixe, figé, sans peur, sans crainte ni douleur, sur cette petite souris qui danse, rit, navigue d’île en île et découvre la joie d’exister, en tant que petite souris, libre et seule au monde. Laisser vivre, apprendre, mon Dieu que c’est difficile, que l’autre n’est pas une partie de soi, que rien ne doit retenir l’autre, qu’on n’emprisonne pas les souris. Etre un hibou, ronchon et grincheux. Un vieil hibou.



      [1]  Si un rare lecteur découvre ce à quoi je fais allusion, il aura droit, à toute mon estime, et à un cadeau…

      30 oktober

      Little Love

       

      C’est certainement maintenant que le lac gèle, à partir de ses rives, et l’homme, à partir de son cœur. C’est sans doute aujourd’hui qu’il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville, et parce qu’à avoir été si près de toi, j’ai froid près des autres. C’est encore trop tôt, pour espérer, trop tard, pour revoir les sourires sourire. Si seulement ces silences, tous ces silences, si au moins ce trou béant, ces heures qui trébuchent sans pouvoir se relever. Si tout ce joli monde de cafards, fourmis rouges, punaises, perce-oreilles, si toutes ces bestioles pouvaient piquer vraiment. Un soir, une nuit, sur les trottoirs trempés, des bris de verre, la buée sort des bouches, il y a dans les têtes des stalactites, on n’attend qu’un signe pour tout éteindre. Les jours sont sordides. Alors qu’au loin, des bières, des citrouilles, des voix graves, l’oubli, la musique forte. C’est trop, parfois, c’est trop. Il faudrait avoir l’envie, le courage aveugle. Mais que penser de ces nuages denses qui ne sont troués qu’ailleurs, sur les grands arbres et les ours bruns. Les jours sont sordides. Une fois qu’il ne restera rien, que Bien Avant réalisé. Une fois que, pour de bon, les cadavres décomposés. Alors seulement, on aura le droit de regretter. En attendant, en espérant, remplir le vide. Et les jours sont sordides.

      22 oktober

      J'sais pas où t'es partie

       

      Ce qui est beau, c’est le bruit des doigts qui glissent sur les cordes d’une guitare…un matin, très tôt, sans alcool dans le sang, les oiseaux qui se réveillent, regarder le jour venir…ce qui est beau aussi, c’est de jouer du piano pendant la nuit, juste quelques notes dans les aigus, les faire chuchoter, entendre leur souffle, sol et si, surtout…après, si le sommeil veut bien venir, rêver d’une fille, la fille, rêver que ce n’est pas un rêve…dehors il pleut, dehors c’est l’automne, les feuilles tapissent le parc où on a maintenant tout le loisir de traîner...chanter ces quelques mots…j’sais pas où t’es partie, si c’est si loin d’ici, mais comme c’est loin de moi

      14 oktober

      Little darlin

       

      On dirait le poème d’Eluard, « ma morte vivante », sauf que tu es là, tout de même, absente, loin de moi, mais ici, dans tout ce qui m’entoure, dans tout ce qui règne, et même la fin du jour depuis l’église d’Avusy, ce mélange, me rappelle à ce vide, ton absence…heureusement que ma sœur, ce qu’on peut faire de plus naïf, de plus frais, de plus simple et de plus touchant, me dit, pendant que nous nous promenons, et en parlant de ses chaussures « qu’elles lui vont très très bien, cette pieds ». Nous nous asseyons dans l’église vide, qui fait résonner son silence et le murmure –très faible, on l’entend à peine– de Dieu. Je sais que tu aurais aimé t’asseoir avec nous, sur ces bancs grinçants, à sentir le bois, et recevoir un bisou…

      Rentrer chez moi, ça sent le lit seul, la viande grillée et Mathieu Boogaerts. Une journée qui ressemble à de la pâte à modeler.

      Mon amour hélas, le temps passe

      Et désormais, pourvu qu’il passe.

      J’ai vu quelques personnes, ces personnes, personne. Tout est un peu diaphane, volatile. A part peut-être les téléphones nocturnes, ce qui relie, et des notes poudreuses. Une journée, c’est long. Promenade à vélo, combien de minutes comblées. Je reçois un message. Ces mots qui reviennent, de loin, à peine de la terre rouge et des parcs en été.

       

      Un autre jour se termine, on dirait qu’il y a quelques siècles qui nous séparent, sur que demain sera plus long, la douleur fade, c’est comme un repas qu’on ne digère jamais…il faut manger encore, pourtant, plus rien ne passe vraiment. Ou plutôt tout passe, avec ce même goût de dégoût.

      Mais…au milieu des plats, sortez les cotillons, quelques petites framboises. Qui ont toujours bon goût…

       
      24 augustus

      La chance de ta vie

       

      Sur les côtes de ces instants éteints, on a le cœur un peu vacant, les joues qui tremblent et les yeux qui luisent, à l’intérieur même c’est encore pire, on respire mal et les membres n’écoutent plus ce que le cerveau ordonne. On ressent. Plusieurs battements réguliers, des bruits sourds, on n’a que le loisir d’écouter s’enfuir et couler sous l’eau sombre ces maigres morceaux de moi. Il faudrait avoir un mode veille pour le moi. Faire durablement disparaître semble un effort un peu vain. Mais au moins, de temps en temps, avoir la possibilité de mettre de côté, de laisser tomber les je encombrants, les personnalités. Je ne va pas avec être. Descartes  a tué Bouddha. Une journée, non même pas, une minute, une seconde, à peine un instant plus fin qu’un papier, comme un souffle coupé, pouvoir ôter ce qui rattache l’existence à un corps précis, à des souvenirs spécifiques, à une demeure interne. L’espace d’un battement d’ailes, débarrasser la conscience d’un sujet, subjekt, et ne relier à cette conscience que l’étant du monde, l’étant du tout, étantité. Il faudrait pouvoir se fuir, se déguerpir, se désindividualiser. Une minute par mois, par année même, simplement recevoir un espace commun, impersonnel, inappropriable. Ne pas cesser d’être, au contraire. Etre sans je. Il faudrait pouvoir faire sortir, ou plutôt non, tout laisser, corps, sujet, et recevoir les étants alentours, les existants avoisinnants, tout ce qui ne s’encombre pas d’un poids égotique. Je pense donc je ne suis que moi. Et rien du reste. Pour un fardeau, s’en est un. Impossible d’apprécier, de connaître, puisque tout passe par ce prisme déformant, par cette lentille auto-grossissante. Je je je je je je blablabla…Heureusement, pour un peu s’oublier, se désintégrer, quitter cette individualité surchargée, il y a la montagne, Ségou, Avusy, et le rocher plat, en face de l’Océan, à Manly.

      08 augustus

      ...

       

      En rentrant, j’irais bien rendre visite, avec une jolie fleur, à la tombe de Bouvier. Sur les hauteurs, un peu loin de la ville. Dire bonjour à l’ami inconnu, au copain sans corps.

      J’aurais bien aimé, parmi mille autres choses, partager cette vue de montagne avec lui. Des plans vert bouteille, vert clair, vert de mélèze, vert de pâturage. Le bruit des cloches, des insectes infatigables, la rumeur du village, Schuman. Les jambes fourbues, le visage frais, deux-trois bisous. On aurait trempé nos pains dans une fondue onctueuse, –mais pas trop, penser à Roxane– en buvant ce blanc d’Yvorne (Vaud) qui plaît tant à ma mère. La nuit, des feux dans toute la vallée auraient brillés, tandis qu’il aurait fait fondre dans nos esprits son hiver à Tabriz. Il n’y a pas d’instants plus pénétrants que dans cette montagne, de calme aussi apaisant qu’avec ces ruisseaux glacés. Je pense qu’il aurait aimé.

      Mais même sans lui, ici est intense, tout paraît simple, on se sent au milieu du beau rempli d’humilité, et le mot bonheur semble vouloir s’accrocher à chaque chalet, dans chaque alpage, sur chaque caillou. Quelques heures à marcher, regarder les fleurs de montagnes. Violettes, jaunes, blanches. Ça ressemble à un conte pour enfants. Et c’est sans doute pour ça qu’on se sent si bien. L’odeur d’herbe grasse, de bouse séchée, de champignon frais et d’épines durcies parviennent au nez sans lourdeur, avec jusque ce qu’il faut pour vous faire plonger dans une torpeur sauvage qu’on voudrait bien apprendre à recréer. Mais rien de ce qui est ici ne semble vouloir être copié. Les semelles crépitent sur une caillasse qui vire au turquoise sous le soleil. Il y a quelques oiseaux, et un papillon qui paraît avoir fait le chemin depuis Rio. Couleurs ébouriffantes. Les promeneurs, à cause d’un code social bien obscur, se disent invariablement le même bonjour lorsqu’ils se croisent. La sensation d’appartenir à un complot machiavélique, un groupe d’illuminés, dont le code secret serait cette formule de politesse. Tenter la prochaine fois de lancer une autre formule. Le fromager juxtapose les fraises. Après la marche, on ressent cette fatigue prévisible, raisonnable, souriante. Comme une récompense, un peu de nous qu’on laisse sur les sentiers. Sur ce une petite faim, ça est frugal, salade, fromage de chèvre et jambon cru. Les rayons du soleil perdent en vigueur, pas en solennité. Toujours l’impression que Dieu tente un langage des signes particulier à des aveugles. Ou que des aveugles hurlent à un Dieu qui n’est que vision. Bref, on ne se comprend pas très bien. Mais on existe. Les moments perdent leur forme rigide, sèche, imposante. La minute à lire passe comme l’heure à cuisiner. Elle ne passe pas. Elle existe, c’est tout. Une odeur de beurre fondu, d’huile d’olive, de pâtes au pesto. La nuit venue, ce qui est beau, c’est d’installer des bougies de chaque côté de la baignoire. Et au milieu des feux d’artifice, regarder scintiller ses yeux.

      J’aurais bien aimé, avant de rentrer, parler un peu avec Bouvier. Lui dire ce que j’aime ici. Et surtout l’écouter. Il n’y a rien de plus beau que le talent simple, le génie humble. Qui me fait pleurer. Qui me donne la force. Exister. Au col des Mosses.

       
      01 augustus

      Sur le fleuve

       

      Quand on part, quand on voyage, lorsqu’on s’essaye à la vie d’ailleurs, et même, quand on reste là, chez soi, assis à une terrasse d’un café du centre-ville, en fait, où que l’on soit, au fond du jardin familial rempli de roses et d’une énorme plante de cannabis, le lieu importe peu. Il y a une façon de voir le monde alentour, ou plutôt une idée qu’on se fait de la  vie qu’on mène…penser à ces descriptions qui paraissent hors du réel, qui semblent venir d’une page pleine de poésie à la Queneau…en y regardant bien, en y regardant de plus près, c’est bien les minutes écoulées sur cette terrasse du centre-ville ou mieux, dans un bus bondé qui fait des haltes sans rime ni raison tous les quarts d’heures par une chaleur qui est en elle-même une aberration, c’est bien dans l’instant familier, anodin ou palpitant que se déroule la magie du monde, l’irrationnelle soif du vivant, l’indicible bonheur des minutes déroulées. Il n’y a pas, ou plutôt il y a tellement peu de ces moments intenses, purs, de ces instants éthérés qui se gravent et s’affirment comme autant d’expériences inoubliables et profondes. Il  n’y a jamais, ou si rarement de magie centrale, d’harmonie personnifiée, d’inimitables vécus qui deviennent extraordinaires passés. La vie est tristement, invariablement quotidienne et présente. Il n’y a que des bus bondés et brûlants, que des terrasses simple où le coca est tiède, que des petits poèmes sur l’amour décrépit que l’on lit au bord d’une piscine en essayant de trouver des exemples de conflits résolus par la société civile. Il n’y a que tellement peu de soleils qui se couchent sur le Niger en révélant à un petit être l’existence de Dieu, il n’y a que tellement peu d’odeurs de blé qui fondent sur vous comme une pluie de miel et vous ramènent à la pureté. Les petits instants anodins, voilà ce qui fait le l’essentiel, le vers frais et joyeux. On rentre dans un marché qui a la furieuse tendance à vous brûler les intestins et à ternir votre humeur, et pourtant c’est à ce même marché rempli de bus verts que vous penserez  plus tard, chaque matin. Un jour vous avez le cœur fragile, les envies peu égayées, et le simple fait de sortir vous paraît épuisant, et pourtant c’est dans cette journée que vous fondrez vos heures heureuses, ces petits moments qu’on rappelle à soi comme pour se dire, Ah, j’ai tout de même bien vécu, rouler un peu ma bosse et su sortir de mes draps trop doux. Les jours passent, plutôt monotones et semblables, on sent l’habitus coller ses tentacules sur nos envies, et c’est là que revient la mangue si juteuse à l’arrière-goût poivré de Ouaga, c’est là qu’apparait le sourire de O. qui rapporte une purée d’avocats au citron. Les instants sont capricieux et exigeants, ils ne se laissent pas presser si vite, si facilement. Chaque minute, à sa façon, exige sa dote, son pesant d’or, pour laisser couler un peu de son sens profond, un peu de sa poésie naturelle. Les minutes révélées et soudaines sont comme de rares et inespérables cadeaux qui permettent de puiser l’énergie nécessaire pour toujours vouloir presser le jus des tous ces jours simples. Les instants magiques sont distribués parcimonieusement, afin que l’on en fasse le meilleur usage possible, le seul d’ailleurs, c’est-à-dire reprendre les forces suffisantes pour suivre le cours du quotidien.

      Et de ces jours à presser.

      Il est tellement difficile de savoir s’attabler à une terrasse, de feuilleter un livre jaune sous les réverbères et de prétendre comprendre, de prétendre avoir trouvé, de tomber sous le sens, littéralement. Mais c’est la seule leçon que les jours nous enseignent inlassablement. Ne pas chercher ailleurs, ce qui est là, devant soi. Il y a tant de mangues juteuses à dévorer, de sourires sincères, de bus immobiles et de riz collants. Il faut prendre le temps de ne pas chercher, de ne pas espérer. Trop rares sont les messages clairs. Il faut prendre son mal, ou plutôt son bien en patience. Et aimer les pots de confiture, le sourire triste d’une vieillarde, avec en plus –et c’est encore mieux– la chance d’avoir avec soi, comme un miroir à la peau douce, l’amour au doigt.

       
      18 juni

      Bien avant

      Un peu spécial pour une fois, mais lorsque les mots d’un autre sont si justes, il faut savoir s’éclipser, partir, ne rien écrire, prendre le temps de lire,

      et se laisser pleurer.

       

      « Bien avant qu'on se soit connu
      Bien avant qu'on se soit parlé
      Bien avant que je t’aie vu nue
      Je savais déjà que je t'en voudrai

      Bien avant qu'on se soit déçu
      Bien avant qu'on soit des déchets
      Bien avant ce goût de déjà vu
      Je savais déjà qu'on y resterai

      Que personne ne sortira d'ici
      Que personne ne retiendra la nuit
      Qu'on n’ira pas tous au paradis

      Bien avant l'heure
      de la cigüe
      Bien avant l'heure
      Des heures indues
      Bien avant qu'on s'aime
      Tu ne m'aimais plus.

      Bien avant qu'on se soit brisé
      Bien avant qu'on soit des vendus
      Bien avant que je t'aie reniée
      Je savais déjà qu'on était vaincu

      Bien avant qu'on se soit cogné
      Bien avant qu'on ait du vécu
      Bien avant que tu te fasses soigner
      Je savais déjà qu'on était perdu

      Et que personne ne sortirait d'ici
      et que personne ne retiendrait la nuit
      qu’on n’ira pas tous au paradis

      bien avant l'heure
      de la cigüe
      bien avant l'heure
      des heures indues
      Bien avant qu'on s'aime
      tu ne m'aimais plus

      Bien avant qu'on se soit perdu
      Oui bien avant qu'on ait rien gagné
      Bien avant les coups de massue
      Je savais déjà tout ce que je sais

      Bien avant qu'on soit des pendus
      Bien avant qu'on soit des regrets
      Bien avant que tout soit fichu
      Je savais déjà
      que tu t'en foutais.»

                                                                            

                                                                                                                            Benjamin Biolay

       
      10 juni

      C Major

       

      Pluie interminable, qui noie et inonde jusqu’au fleuve vert en bas de chez moi. Pluie incessante de juin, foule désespérée qui navigue sous le marasme d’un ciel cruel et oppressant.  Pluie sentimentale, qui ne laisse pas d’autre choix que d’aller chercher plus loin, au fond de soi, un peu de tendresse, de lumière chaude et de pâte d’amande. Ici nous savons que les jours heureux sont comptés, que chaque nuage de plus sous nos têtes est un soleil de moins sur nos peaux, et que bientôt, déjà, vont revenir les trottoirs sombres, le vent glacial et les mains rougeâtres. Il n’y a pas de compensation, l’injustice est inéluctable, les gris ternes et la bruine sauvage ne lâcheront rien, alors on peut voir sur chaque visage cette inquiétude pesante, le besoin de sentir un peu l’odeur du blé coupé, l’envie de revoir l’eau tiède et la crème solaire. Mais rien. Pour l’instant rien. Il n’y a qu’un pas à faire, quelques pièces à donner, pour partir, s’éloigner, et aller trouver ce que l’ici tient farouchement à nous refuser. Un peu de gaieté. Mais il faut attendre, savoir patienter, et traverser ces longues coulées d’eau fine, avant la saison d’hivernage, la poussière jaune, le riz en sauce et les peaux foncées. Il semble qu’ici, rien ne resplendit, il semble qu’ici, sur les nuages gris, le temps se maintient, se dilate, s’amuse à dormir. D’un sommeil de pluie.

      Aujourd’hui en regardant les champs de colza, j’ai cru que tout devait s’éteindre. Pour de bon. Enfin.

      Mais non. Rien.

      Une seconde plus tard. Une éternité.

      Rien n’avait changé.

      Quelques petites gouttes bleues.

      L’odeur du blé coupé.

      Et contre mon front, avec une larme gelée…

      Des cheveux blonds.

      28 mei

      Pâle Septembre

       

      On fait des choses et d’autres, le temps passe comme ça, à se désister, à détester, à attendre. Mieux. J’ai des images sereines, la sincérité, une odeur qui reste au fond, tout au fond, l’herbe coupée. Il n’y a pas de boissons qui piquent, pas de violence dans les mots, seulement cette idée de calme, d’éternité qui diffère. Les mélodies, elles sont en moi, elles me possèdent, je suis à leurs pieds. Les mélodies, elles me guident, me consolent, elles réparent, attristent encore plus. Les mélodies, depuis que j’ai quitté le monde bleu, les mélodies m’amusent, s’usent à me contenter, à me faire admettre, qu’il n’y a rien, qu’il n’y a que ce que je veux bien voir. Les mélodies et moi, quand c’est le calme plat, se chargent de remettre à jour mes féminités. Elles donnent au cœur, et à mes doigts, de quoi vivre un peu plus d’intensités. Les mélodies désenchantées…

      Mais au fait, sur quoi je vais dormir, quand il n’y aura plus toi, quand on sera, et c’est certain, bien loin. Sur quoi je vais poser, mon envie d’aimer, de donner, de recevoir, d’être bien. Qu’est-ce que tu feras, quand tu n’auras plus, dans l’ombre de mes bras, les petits mots drôles, quand tu seras, avec un autre, sans moi. Il n’y aura rien. Aucun changement. Les mêmes innocences, les mêmes caresses tendres. Avec juste un souvenir, d’une seconde à peine, des anciens désirs. Et puis la vie qui reprendra, avec un autre, sans moi. Il n’y aura rien. Pas de beautés passées, pas de regrets. Aucune envie de repenser, les nouveaux plaisirs, bien mieux agencés. On n’apprend rien. On ne grandit pas. On ne fait que recommencer, les mêmes douleurs, les mêmes pertes, les mêmes redécouvertes. Sans rien à comprendre. Il n’y a pas de sens. Pas d’interprétation. Tout est sans raison. Juste par besoin, par envie de plaisir, par désir de donner, de recevoir. Juste pour être mieux à deux, que seul, face à la ville noire. Tu seras avec un autre, sans moi. Et moi…comme d’habitude moi, à écrire qu’avant me manque, qu’après me fait peur, que maintenant s’éternise…et à mes côtés, dans les plis d’une chemise, ton odeur passée…moi je ne serai même pas sublime dans la douleur, moi je n’aurai pas de chansons à composer…juste cette déception de plus, qui ne voudra pas passer…et une envie, de plus en plus grande, qui finira bien par arriver…pour de bon, pour l’essentiel, parce que trop c’est trop…tout arrêter.

      19 mei

      On est passé à l'heure d'été

       

      Et si on prenait le temps de s’attarder un peu, loin d’ici…

      Regarder au ciel, s’émerveiller, et puis oser partir. Devant les rives du Rhône, sur ces bords que l’eau verte caresse, essayer de ressembler à un poisson. Un poisson qui se noie. Et ensuite, lorsque la lumière s’oublie, prendre la route d’une soirée sans audace, douceur douloureuse, et ramener jusqu’à soi l’ardeur des gens. Les voir tous agités, à préparer un peu de gaîté. Rester lointain, ne regarder que ce qu’il y a à laisser, conforter sa solitude. Il faut sourire encore un peu, tant que la nuit ne cache pas les souvenirs vivaces, la nostalgie des hommes étranges. Enfin se sentir partir, réellement, sentir les odeurs de grillade, l’herbe qui nage dans l’humide, le dernier chant d’une coccinelle. C’est que l’été transporte tellement, il n’arrange rien, avec ces mille propositions de vie. Il faut pourtant se détacher, savoir laisser sa place, devenir humble. Plus rien n’a d’importance, il faut oublier ces rives moqueuses qui chantent l’espoir. Une petite fourmi, ou plutôt non, un unique papillon de nuit, rejoint sa maison. Demain sera, Dieu seul sait comment, mais différent. Semblable, oui, ces brises légères se ressemblent, mais différent. Un sommeil léger, l’atmosphère mouillée des draps, et puis se lever pour aller au lac, boire un jus de fruit, regarder les vaguelettes faire semblant de dormir. Se rappeler, en écoutant une chanson qui parle d’îles, et puis voir dans les galets un sens qu’ils n’auront jamais. C’est l’été qui revient, inlassablement, c’est l’été qui n’abandonnera pas, et qui veut savoir, ce que je suis devenu, depuis un an. 

       
      19 april

      Les jours heureux

       

      Aujourd’hui c’est le premier jour d’été. Fin avril, il n’y a eu, jusqu’à présent que le gris de la pluie, le froid sans partage. Mais aujourd’hui, journée ensoleillée, petit pull, le soir nous allons manger, une shawarma, ensemble, en amoureux. C’est tellement beau, au bord du lac, à regarder la lune pleine, le jet d’eau qui perd la raison, toi dans mes bras, sur un banc vert. Des touristes cherchent leur chemin, –je voudrais leur dire que je ne connais pas non plus le mien– il y a des petits moucherons, et le soir tombe. On se regarde, on s’aime je crois, rien ne presse, à part ce léger vent frais. Quelques pas, on rit de nos rires, on se serre fort, l’odeur des fleurs qui naissent ressemble à celle de ta peau…c’est beau. Envie de jouer des notes douces, au piano, de murmurer des vers jolis, sans trop d’importance, juste pour donner une maison à nos jours heureux. Car c’est bien cela. Avec ces mots, ce que l’on veut…donner une maison à nos jours heureux.

      03 april

      Minha Galera

       

      Oui, c’est un peu vrai, quand même…à force, on s’enlise, on stagne, on bouge moins. La folie de grandir, d’espérer, le souci quotidien de rencontrer, de trouver autre chose…on s’éteint. Il y a d’autres envies, se préserver, savoir lâcher prise, revenir aux bases…mais plus vraiment de désirs étranges, d’intensité. On reste derrière, à un concert, on met des jours à se remettre d’une nuit blanche…les alcools dévastent plus qu’ils n’enivrent…on se souvient des dizaines de cigarettes fumées en un soir, des joints allumés l’un après l’autre…de l’euphorie perpétuelle, une fois la nuit tombée, tous les plaisirs féminins, chanter dans la rue, hurler à la vie sous les étoiles…

      Maintenant, c’est différent, ça sent le sapin, le regret, l’odeur du thé fumé…une chanson tellement douce, fredonnée à tellement d’oreilles, et à l’intérieur, un cœur tellement intense…oh minha menina…on ne chante plus. Le piano devient instrument, de travail…on est plus calme, face à l’ignorance, à la bêtise…on sent bien que les rêves ne reviendront pas, qu’il est inutile de chercher, il n’y aura plus, ces espoirs, croire aux fées…et pourtant, elles étaient tellement belles, ces fées… mais non, on s’assied, on pèse, on soupèse, on positive…on dirait que tout est consommé, qu’il n’y a plus qu’une routine, une rotation…le temps est à l’étude, au boulot…et on attend, sans jugement…et on a peur, sans grandeur…de la fin des haricots. 

      16 maart

      Le vent nous portera

       

      S’il arrive encore que viennent les sourires de novembre sur ses joues. S’il se peut qu’une fois de plus se dessinent des tulipes dans ses yeux.

      Si d’une façon ou d’une autre ses seins pointent toujours vers mes doigts.

      Si sans le vouloir, sans raison, un bisou dans le cou est posé, juste comme ça.

      Si c’est à la mort, à la vie, mais pas vraiment.

      Alors il existe une fille telle que cette fille me rend heureux.

       

      Pour tout ces philosophes analytiques, logiciens acharnés…une pensée…pas très affectueuse.

       

      Et pour Swenn, compagnon d’infortune syllogistique…

       
      09 maart

      Unspoken

       

      J’irais bien ce soir, danser à Rome, manger thaï, oublier que demain n’est pas loin. Il faudrait laisser tomber, juste pouvoir…avec toi j’irais bien, loin d’ici, prendre un avion, et puis ta main.

      Sur les acacias, rester en équilibre, favoriser l’anodin, le rêve d’hier soir, les petits mots de ce matin. J’aimerais bien…qu’entre nous reste toujours cette espèce de candeur heureuse, les yeux qui s’amusent et s’enlacent. Pourquoi pas…

      On a tellement à attendre, les images, les figures…tant qu’il y aura, quand tu te coucheras, l’odeur du savon Nivea…et ce bleu sans saison.

      La mélodie des enchantés…

       
      06 maart

      Voyage Voyage

       

      Jusqu’à quand se rappellera-t-on de ça, de ces moments sans soleil, de ces cris de désespoir heureux…jusqu’à quand resteront en mémoires, ces soirées d’avant, à la Parfumerie…je revois D, avec son crâne à peine dégarni encore, ses bras au-dessus de la foule, les doigts qui claquent, cette tête déchaînée, les cris aigus à chaque coup de caisse claire…je revois G, le sourire éternel, la bouille pétillante, son regard de chasseur lubrique, les succès féminins…il y a Gr, l’œil imperturbable, cette hauteur sereine, à peine deux bières dans le sang…et puis V, ses discussions sérieuses, la tête pleine de cœur, joie d’exister en tant que V…et puis aussi, qu’auraient-été ces nuits, sans tous ces faux amis, connaissances nocturnes, la complicité d’ivresse…nous étions tous, rempli de rêves, d’alcool, de marijuana, de tabac, d’envies de courbes…c’était il y a longtemps maintenant, les choses ont changées, tout s’est arrêté…musique des années 80, queue décourageante à l’entrée, bière à 4 francs, un ancien amour…plus rien n’existe désormais…il me fallait graver, ce qui pendant des années, a fait mon quotidien de fêtard…parce que le temps permet cela…de laisser, petite éternité, l’espace d’un instant…une trace…un message…Voyage Voyage.

      03 maart

      M'bifo

       

      Une pluie qui fait fondre la moindre envie d’extérieur, un ciel gris qui ne laisse présager rien de bon, des corneilles accrochées à la balustrade du balcon, et Rokia Traoré qui tente de contrer cette journée sans merveille. Une heure passe. Couché sur le lit, un livre à gauche, un autre à droite. Lecture distraite, quelques pages à peine. Un peu d’encens qui brûle et saupoudre des cendres sur le piano. Un matin, il y a longtemps, ce même endroit, cette même pluie, et aucune envie. Depuis, il y a de quoi rire, tellement de désespoirs déçus, d’espérances retrouvées, de thés au jasmin. Une heure passe. Sur le lit, il y a maintenant, du chocolat aux noisettes, et du pain sur une assiette. Voilà quelques jours que s’éparpillent des bougies sur le sol, sans rime ni raison, à moins peut-être, que ces coulées de cire sur le parquet informent, signifient, présagent même…je ne sais pas. Une minute passe. Sans rien à dire, sans rien à faire, agir ou agiter, l’intérieur qui s’immobilise et l’extérieur qui s’endort. Tout semble s’ignorer royalement, se suffir, se contenter. Aucune interaction, aucun partage. Aucune bataille ou contradiction non plus. Une lenteur figée, les draps se plient à peine sous le poids du corps. Une minute passe. Entre la fumée blanche et ces notes métaphysiques, j’essaye de trouver ma place. Une place qui se profile comme de moins en moins grande, une place qui m’en laisse de moins en moins. C’est bien. Une minute passe, et entre deux morceaux, un borborygme joyeux s’invite sans gène ni discrétion. Tiens donc.

      Une minute passe.

      Et puis la sonnette s’exclame, première voix de ces mots doux, de ces gestes tendres, qui attendent devant la porte. Le temps ne va plus vraiment exister, les sens tous tournés dans la même direction, et le cœur comme la raison…dans ses cheveux blonds.

       
      14 februari

      Nocturne en fa mineur, op. 55, n°1

       

      On a construit avec cette espèce de sensation qu’il y a en nous de l’exception. On espère trouver le centre profond qui nous anime, les couleurs intenses, ce que nécessite notre existence, nous croyons posséder l’unique, quelque chose de particulier. L’individualité se représente dans cette conception commune…la dichotomie est risible. Je qui rugit, je qui ne se laissera pas oublier aussi facilement, je qui ne pourra jamais disparaître. Pour quels fantômes se voile-t-on la face. De quelles fées craignons-nous la punition. Il n’y a pas de je. Il n’y a pas de pensée liée au je. Il n’y a qu’existence. Pas mon existence. L’existence. Etre, pas par pensée, être parce que les sensations fonctionnent. Inutile de concevoir pour être, Inutile de prendre conscience. Il n’y a pas de je. Illusions. Il n’y a qu’un fonctionnement, une roue, une continuation. Rien ne sert de prendre la voie de la pensée, du rationalisme, de l’analyse. Tout est déjà, tout a déjà été, et tout sera toujours. Rien qui existe ne peut disparaître. Existence est éternelle. Tous nous sommes particuliers, et appelés à ce titre à nous éteindre. Notre individuation cause cette extinction. Aucune possibilité de s’attacher, aucune raison de croire, pas plus  que de se penser ou penser l’autre. Il n’y a pas de place dans cette mécanique pour le je. Il n’existe rien d’autre que l’existant, sans passé ni présent, sans futur. Je est une invention, un mirage. Je ne suis que parce que j’ai décidé de posséder ce qui me possède. Je suis parce que je veux qu’existence devienne mon existence. Mais existence prend toutes les formes, existence se transforme à l’infini, sans jamais changer. Existence est une infinité docile, une éternité modelable. Je n’est qu’une représentation à la mesure de notre faible cœur. Je n’est rien. Rien. Rien.

       
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