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Matthieu |
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January 27 Bees and butterfliesUne nuit dans l’avion, un indien ivre qui renverse son plateau-repas, au-dessus de l’Atlantique on espère sans croire. Et le temps passe. Et nous revoilà.
Retourner dans le café jaune, revoir les montgolfières qui éclairent le bois lustré, inonder cette gorge, irritée par la fumée, de thé à la bergamote, et on recommence encore, on ne change pas grand-chose, c’est juste nous qui changeons. Au retour du blanc gelé, des nuits brûlantes de froid, avec les odeurs de passion qui planent toujours, jamais loin, on se rappelle des soupes aux pois de midi, du train-maison sans chauffage, d’une première nuit de retrouvaille, érotique intensité, de toutes ces promenades qui valent bien une éternité, et puis surtout, enfin, la poésie résumée de l’autre, on a passé notre temps dans les églises, les librairies, et les cafés. Une balade dans le parc qui se croit tout permis, à geler partout, à se virginiser, qui devient tellement beau, avec l’océan bleu foncé. Quand ce n’est pas pour marcher dans la neige, c’est pour rester dans l’appartement beige, et si on ne se réfugie pas dans un bar à thés, c’est parce qu’il faut parler au chauffeur libanais. Une fois, dans le wagon panoramique, on rencontre un sikh aux yeux brillants qui peint, gagne assez pour passer de l’Himalaya au Saskatchewan pendant tout un hiver, et qui se fait nourrir par des admirateurs, compatriotes exilés. Des souvenirs, distraitement accrochés se touchent, se multiplient, s’encombrent un peu, et puis tombent. Quelle espérance de vie pour cette crêpe à la purée de marrons dans le café breton? Combien de temps pour la dix-huitième nuit, dans le pub d’Edmonton ?
Il y a quand même beaucoup de simplicité, alléchante et gratuite, chez ces gens du froid, et dans tout ce qu’on vit, à deux, pendant un mois. Nous n’avons pas vraiment changé, enfin je ne crois pas. On s’est juste affiné, un peu, il me semble, on a pris du temps et du plaisir à lire Marc, et à s’ajuster toujours un peu plus, ensemble. [1] December 09 TabarlyMardi soir qui s’endort. Mardi soir qui meurt. Dans une semaine, le sol à dix mille mètres de mes pieds, la voix nasillarde d’un tailleur bleu, et à l’arrivée, au bout du tunnel clôt, de ces suites de petits cauchemars rêveurs, après les tables en bois et ces thés fumés, une forme humaine aux yeux bleus, une espérance improbable, le dénouement. Mardi soir qui tremble. Des nuits entières à ruminer le même désir, sur le cahier rouge, baver un peu d’amour triste, sentir la chair s’infecter, pourrir lentement, et noyer la gangrène rouge dans le vin vaudois, la bière hollandaise, le Moyen-Orient. Oh bien sur après mardi il y a mercredi, et les lamentations sont indécentes. Ce ne sont que des petits cris…pas grand-chose. Un bruit de fond, une légère palpitation du myocarde, continue, irrégulière, un vague poids superflu sur le ventre, sournois, une nausée douce. Ça ramène toujours à soi, le sombre, la jalousie, la peur, l’ennui, ce qui n’est pas beau. Ça ramène à son ignorance, à ses craintes, à sa suffisance. Au puits qu’on ne pourra jamais combler. Et puis ça démange, aussi, cette absence, ça donne envie de se gratter. Se gratter le petit bouton de sentiment. Mais mon amour, heureusement, le temps passe. Après l’océan, il y a une terre froide, remplie d’arbres immenses et de trappeurs bourrus, et au fond, tout au fond, encore après…dans une ville au bord de l’eau que les baleines surveillent…ses cheveux blonds. November 12 Fix youEn allant voir l’homme au chapeau, il y avait quelques appréhensions, ne pas savoir, ce qu’il restera de toute cette grandeur. Après quelques dizaines de minutes, le doute s’envole, l’immense charisme, aspergé par ce corps maigre, vieilli, est bien là, plus présent que jamais. En écoutant la voix grave, à peine rauque, en regardant revivre ces mélodies, tout semble intact, plus beau encore car un peu passé, déjà mythique et légendaire. Hallelujah… Et en revenant, le sombre, les nuages gris, sur la route, avec en tête cette scène de baiser sous les étoiles factices et la chanson de Chris Isaak[1]. Une fois de plus, c’est avec douceur que s’envole ce qui compte, ce qui importe vraiment, et ne reste que la poussière des livres, les journées, pluie-novembre-lys, avec dans la poitrine, nos deux maisons. Ces semaines, surtout depuis qu’elles ont le toupet de s’allonger à loisir, résistent aux coups de lecture, de loisir, d’écriture et de vin blanc. Il faut savoir bien s’installer, dans le lit rouge, et écouter chanter ce qui fait le doux-amer. Lorsque tout sera terminé, lorsque tout, éteint, y aura-t-il la nostalgie de la nostalgie ? Non, pas cette fois… Une pointe d’amertume, seulement, pour tout ce non-partage, cette non-intimité, le non permanent qui vient pousser tous ces jolis mots. Il faudrait des choses plus simples, parfois, en plus des bières coupées à l’eau et de la bibliothèque d’arabe. Il faudrait, peu importe quoi, un peu d’embrun de son odeur, une caresse de dix mille kilomètres, les mots qui comptent vraiment, figés dans la moelle. Ce serait bien, d’apprendre à laisser fuir, d’apprendre à regarder de loin, pouvoir apprécier un bonheur qui n’est pas le sien. Etre un hibou, placide machin à plume, qui laisse son regard fixe, figé, sans peur, sans crainte ni douleur, sur cette petite souris qui danse, rit, navigue d’île en île et découvre la joie d’exister, en tant que petite souris, libre et seule au monde. Laisser vivre, apprendre, mon Dieu que c’est difficile, que l’autre n’est pas une partie de soi, que rien ne doit retenir l’autre, qu’on n’emprisonne pas les souris. Etre un hibou, ronchon et grincheux. Un vieil hibou. [1] Si un rare lecteur découvre ce à quoi je fais allusion, il aura droit, à toute mon estime, et à un cadeau… October 30 Little LoveC’est certainement maintenant que le lac gèle, à partir de ses rives, et l’homme, à partir de son cœur. C’est sans doute aujourd’hui qu’il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville, et parce qu’à avoir été si près de toi, j’ai froid près des autres. C’est encore trop tôt, pour espérer, trop tard, pour revoir les sourires sourire. Si seulement ces silences, tous ces silences, si au moins ce trou béant, ces heures qui trébuchent sans pouvoir se relever. Si tout ce joli monde de cafards, fourmis rouges, punaises, perce-oreilles, si toutes ces bestioles pouvaient piquer vraiment. Un soir, une nuit, sur les trottoirs trempés, des bris de verre, la buée sort des bouches, il y a dans les têtes des stalactites, on n’attend qu’un signe pour tout éteindre. Les jours sont sordides. Alors qu’au loin, des bières, des citrouilles, des voix graves, l’oubli, la musique forte. C’est trop, parfois, c’est trop. Il faudrait avoir l’envie, le courage aveugle. Mais que penser de ces nuages denses qui ne sont troués qu’ailleurs, sur les grands arbres et les ours bruns. Les jours sont sordides. Une fois qu’il ne restera rien, que Bien Avant réalisé. Une fois que, pour de bon, les cadavres décomposés. Alors seulement, on aura le droit de regretter. En attendant, en espérant, remplir le vide. Et les jours sont sordides. October 22 J'sais pas où t'es partieCe qui est beau, c’est le bruit des doigts qui glissent sur les cordes d’une guitare…un matin, très tôt, sans alcool dans le sang, les oiseaux qui se réveillent, regarder le jour venir…ce qui est beau aussi, c’est de jouer du piano pendant la nuit, juste quelques notes dans les aigus, les faire chuchoter, entendre leur souffle, sol et si, surtout…après, si le sommeil veut bien venir, rêver d’une fille, la fille, rêver que ce n’est pas un rêve…dehors il pleut, dehors c’est l’automne, les feuilles tapissent le parc où on a maintenant tout le loisir de traîner...chanter ces quelques mots…j’sais pas où t’es partie, si c’est si loin d’ici, mais comme c’est loin de moi… |
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